Au sommaire du n°11 
  • SHEMEKIA COPELAND
  • GWYN ASHTON
  • CLARENCE SPADY
  • LE BLUES LE GOSPEL
  • LE BLUES,  SOURCE DU JAZZ

 


Jean Bonal :

le Jazz nous parle du Blues

 

On ne le présente plus depuis longtemps, Jean Bonal grand prix de l'académie du Jazz, a accompagné les plus grands noms (Sidney Bechett, Georges Brassens, Michel Legrand), écrit une méthode de guitare, écrit des musiques de film (la vétité de Clouzot), et encore maintenant est à la tête d'une association de guitaristes amateurs (Les Mordus de la Guitare). Nous lui avons demandé de nous parler des influences du Blues sur le Jazz. C'est ce qu'il a fait avec une touche personnelle, très pure. 

Très heureux d'avoir l'opportunité d'exprimer mon opinion concernant le rapport de la musique de Jazz avec le Blues, je vais insister sur la pérennité de ces deux musiques. En effet, il serait temps que les profanes sachent que la musique de Jazz n'existerait pas sans le Blues qui en est la source. Il n'y a pas de séparation entre ces deux musiques et d' ailleurs on ne connaît pas d'exemple où un bon Jazzman joue mal le Blues. Comme je l'explique dans mon CD "musico-pédagogique" (L'histoire de la guitare dans la musique de Jazz couronné par un prix spécial de l’Académie du Jazz), le Blues contrairement à des idées préconçues, ne définit pas un tempo comme on peut le lire sur certaines partitions. Il existe des Blues à tous les tempos, lent, médium ou rapide selon l'état d'âme que l’on cherche à exprimer, tristesse, mélancolie ou joie. Le Blues se construit sur une trame de 12 mesures, harmonisées selon le style désiré : Blues Traditionnel, Blues Dixieland ou Nouvelle-Orléans, Blues Middle-Jazz, Blues Moderne.

La médiatisation actuelle du Blues Traditionnel, interprété par des chanteurs de Blues, contribue à séparer artificiellement, dans l'esprit du public le Blues du Jazz. Et souvent, des débutants viennent me voir en me disant : "je voudrais appren-dre à jouer du Blues". J'ai du mal à leur faire comprendre qu'il faut débuter, comme pour le Jazz, par l'apprentissage des accords, des arpè-ges et des gammes sur le manche, avant l'approche de l'improvisation, et là seulement on peut pratiquer le style que l’on préfère, du Blues traditionnel à l'harmonisation simple avec l'emploi de la gamme pentatonique à la musique de Jazz dont les différents styles nécessitent des connaissances harmoniques plus développées. Ceux qui n auront pas étudié selon cette démarche (arpèges, gammes, choix de notes judicieux) se contenteront d'employer la gamme pentatonique d'une manière simpliste, qui limite toute évolution à une musique plus moderne alors qu'avec l'étude que je préconise, la gamme pentatonique amène un supplément à l'improvisation. Je devrais même dire : les deux gammes pen-tatoniques, car il y a la gamme majeure pentatonique qui correspond au 6ème degré de la gamme majeure en accords (càd le relatif mineur de la tonalité : si l'on joue SOL majeur pentatonique, on improvise sur MI mineur 6ème degré, relatif mineur de la gamme majeure en accords, ce qui définit son appellation majeure, car dans cette gamme, les accords mineurs sont considérés comme mineurs secondaires). On peut ajouter à cette gamme, une certaine forme de chromatisme apporté par la quinte diminuée - intercalée entre la quarte et la quinte juste - ce qui donne la gamme Blues, et la gamme mineure pentatonique en jouant SOL mineur pentatonique, sur une grille en SOL (SOL - SOLm/D07 - SOL SOL7 etc..) on joue en réalité SI bémol sur la 1ère mesure et la même gamme en 2-5 de FA sur la 2ème ce qui laisse un grand choix de notes surtout si, comme les chanteurs de Blues, vous employez l'accord mineur sur l'accord majeur (càd SOL mineur sur SOL majeur).

Avec une bonne oreille, cela donne des chorus mélodiques intéressants mais avec peu de possibilités d'évolution.J'ajoute que les gammes pentatoniques sont employées également dans le Jazz Moderne mais d'une manière plus pointue, le meilleur exemple étant John Scofield dans les enregistrements qu'il a réalisés avec Miles Davis. Pour conclure, je dirais que Jazz et Blues sont irrémédiablement liés et donnent au musicien des bases indispensables pour s exprimer dans tous les styles.   

Jean Bonal