Au sommaire du n°26

  • Saga & Interviews
    Bernard Allison & Patrick Verbeke
  • Dossier
    Chicago Blues : Du rêve à la réalité
  • Hommage à Luther Allison
  • Jeu Concours
    Gagnez le dernier disque de Magic Slim
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Edito

Cela vous paraîtra sans aucun doute bizarre, mais lorsque j'ai rencontré Luther Allison il y a maintenant onze ans, je n'aimais pas sa musique. A l'époque, Luther pensait sans doute encore qu'il pouvait "inventer" autre chose, et il se perdait dans une musique qui n'était pas la sienne, et ne ressemblait pas à grand chose. Pourtant, l'homme que j'ai rencontré ce jour là, a laissé une "blue streak" ancrée profondément dans mon cœur. Ce fut l'une de ces rencontres qui vous marque la vie. Je me rappelle très bien m'être fait cette réflexion : "Un homme qui semble aussi gentil, généreux et humble ne peut pas faire de mauvaise musique". De fait, je me suis mis à réécouter ses disques (pas les plus récents bien sûr…), et j'ai découvert un très grand Bluesman, à la voix profonde et au jeu de guitare d'une grande subtilité. Puis, grâce entre autre à Patrick Verbeke, son ami, j'ai revu Luther assez souvent, et nous avons appris à nous connaître un peu. Moi dans mon très mauvais anglais, lui dans son non moins mauvais français. Mais il le disait sur scène, quand il cherchait ses mots en français et ne les trouvaient pas, "my guitar speak french". Et c'est vrai qu'elle parlait sacrément bien le français sa guitare…ou l'espagnol, ou le scandinave…bref tout le monde comprenait fort bien sa guitare.

Luther était un showman hors pairs, qu'il fallait "trainer" vers les coulisses, tant il aimait être au contact du public. La scène, c'était sa vie, et il y a donné tout ce qu'il pouvait. J'ai vu mes plus beaux concerts de Blues grâce à lui. Je me rappellerai toujours de ce concert acoustique, ou il joua en duo avec Patrick Verbeke, dans une salle de banlieue en juin 1993. A les entendre, on avait l'impression qu'ils avaient toujours joué ensemble. Du Blues, du vrai, de la sueur, des larmes, des joies… Quelle baffe !!!. Et aussi de la soirée des "Banlieues Bleues" de mars 1996 ou après quatre heures de concert ininterrompue, Luther avait bondi sur scène lors du rappel, pour nous entonner une version tonitruante de "i'm goin' down", qu'ils finirent avec Bernard, jouant tous les deux sur le même manche de guitare, tandis que Patrick Verbeke assurait la rythmique.

Connaître un peu l'histoire de Luther Allison, que Daniel Cagniard va vous narrer dans ces pages pour la première fois, c'est comme lire Shakespeare. Enfant misérable des ghettos de Chicago, né en Arkansas, Luther trouvera son salut comme beaucoup de noirs de l'époque, en apprenant le Blues. Mais lorsqu'il est enfin prêt à conquérir le monde avec sa guitare, le Blues est passé de mode aux Etats Unis, et il est obligé de s'exiler en France.

Après bien des années d'errance musicale, et sans doute aussi morale, le déclic se produit et il retrouve le feeling de ses débuts. Bien plus encore, entre temps il s'est enfin forgé un style propre et inimitable. Grâce au fabuleux album "Blue Streak" qui recueille 5 Blues Hawards en 1996, il reconquiert son pays, et devient le seul dauphin crédible de B.B King, qui ceint la couronne de Roi du Blues depuis maintenant de nombreuses années. Il meurt un an plus tard, foudroyé par un cancer à 57 ans.

Luther Allison m'a appris une chose essentielle : deux hommes qui se respectent pourront toujours vivre ensemble, qu'elle que soit la couleur de leur peau ou la langue qu'ils parlent. C'est pour cela, en grande partie, que je suis ici à écrire ces quelques lignes. Triste hommage qui m'étreint le cœur à celui qui était le parrain du magazine, quand nous avions tant à faire ensemble et la vie devant nous…

A ne pas manquer non plus dans ce numéro, le deuxième volet de notre série sur Chicago, écrit par Fabienne Lenglet, qui vous passionnera sans aucun doute.

Et bien qu'il y ait de meilleurs moments dans la vie, je vous souhaite à tous une bonne rentrée…Surtout, "let the good time roll" et bon Blues.

 Patrick Guillemin