Au sommaire du n°28

  • Saga d'un roi du Blues
  • Muddy Waters
     
  • Dossier
  • Le Chicago Blues de 1945 à nos jours
     
  • Interviews
  • Franck Ash
    Byther Smith
    Ike Cosse
    Alan Lomax Reporter du Blues
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Edito

Il y a vingt ans, presque jour pour jour, disparaissait celui qui restera pour moi le plus grand des Bluesmen, à savoir Muddy Waters. Plus que la simple mort d'un artiste, son décès accélèrera encore un peu plus le déclin du Blues déjà bien amorcé depuis une quinzaine d'années. Il faut dire que depuis très longtemps déjà, la plupart des grands musiciens de Blues, noirs ou blancs, sortent de son orchestre, centre de formation high tech pour les apprentis Bluesmen. Songez un peu, Jimmy Rogers, Little Walter, Otis Spann, Junior Wells, Buddy Guy, James Cotton, Carey Bell, Willie "Big Eyes" Smith, Calvin Jones, Bob Margolin, Jerry Portnoy, Luther "Guitar Jr" Johnson, Pinetop Perkins, John Primer, pour ne citer qu'eux, tous sont sortis de cette fabuleuse école de musique que représentait l'orchestre de Muddy Waters. Leur guide spirituel étant parti, pour les musiciens de Blues, jamais plus rien ne sera comme avant à la Windy City. Demandez donc à Johnny Winter comment il a vécu cette mort. Vous verrez ce qu'il vous répondra.

Fils spirituel de Robert Johnson, Muddy Waters c'est presque tout le Blues d'après guerre résumé à lui tout seul. Un Blues qui a découvert l'électricité et une agressivité jusqu'alors inconnue. Un Blues qui, bien qu'urbanisé, retrouve les racines du Delta à Chicago et phagocyte presque totalement tout les autres styles pendant une vingtaine d'années. Un style sans fioriture, brut de fonderie qui tranche singulièrement avec celui couleur Jazzy d'avant guerre, mais résume sans doute assez bien la frustration de la communauté noire des grandes villes, qui est loin d'y avoir trouvé la terre promise.

De son vivant, seuls deux Bluesman feront réellement de l'ombre à ce géant hors norme. Mais il faut dire qu'ils ont développés un style très différent du sien. Je veux parler de John Lee Hooker et B.B King, qui reconnaît lui même que Muddy Waters est très certainement le plus grand de tous.

Le Blues de Muddy Waters, c'est aussi celui qui porte en lui les racines du Rock que feront exploser les Rolling Stones à la face du monde, dans le Londres morne et triste de 1964.

Quel groupe ou musicien de Rock de ces années là, n'a pas revendiqué son influence ?

Loin de voir dans le Rock une déviance contre nature, Muddy endossera totalement cette paternité, et trouvera de son propre aveu, que ce qu'Eric Clapton ou les Rolling Stones font avec sa musique, est plutôt intéressant.

Et puis, ne l'oublions pas, sans le Rock des Sixties, s'en était probablement fini de la carrière de Muddy Waters, et de bien d'autres de ses congénères. Parlerait-on encore de Blues aujourd'hui, si ce mouvement n'avait pas existé ?

Sans être Monsieur Lune, je ne pense pas. N'en déplaise à beaucoup.

Je vais arrêter là ma diatribe sur Muddy Waters, pour vous inviter à aller dévorer la Saga qui lui est consacrée dans ce numéro, et qu'a écrite pour vous Christian Casoni. Ne manquez pas non plus le dernier volet de notre série de dossiers sur Chicago, écrit par The Marvelous Fabienne Lenglet, et consacré cette fois au Blues d'après guerre joué dans la cité des vents.

Bonne Lecture

Patrick Guillemin