Au sommaire du n°6
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BENOIT BLUE BOY
De la Louisiane à Paris
Un long et beau parcours dans l'univers du Blues, voilà ce que nous compte Benoit Blue Boy dans cet interview. Ses rencontres, ses amis, ses coups de coeur et ses CHOIX...

Blues magazine : Pourquoi Benoit " Blue Boy " ?

Benoit Blue Boy : Mes initiales sont B.B. (Benoit Billot) à force c'est devenu Blue Boy ! ...

Blues magazine : Peux tu nous parler de ton parcours musical et pourquoi avoir choisi l'harmonica ?

Benoit Blue Boy : J'ai pas vraiment choisi l'harmonica, quand j'avais 12/13 ans j'avais un voisin qui jouait du sax ténor dans un groupe de jazz, et qui voulait monter un groupe de Blues. Son père était commissaire de police à Nouméa, il allait le voir de temps en temps et il passait par Chicago. Comme il avait remarqué que cette musique me branchait il me ramenait des harmonicas et des 45 tours de Little Walter, de Jimmy Reed... C'est lui qui m'a offert mon premier harmonica.

Blues magazine : Pourquoi avoir choisi d'écrire en français ?

Benoit Blue Boy : J'ai commencé par jouer des morceaux de Jimmy Reed, des trucs Blues des Rolling Stones ... donc je chantais en anglais. Malgré qu'à la radio on entendait peu de trucs en anglais. C'était Brassens, Aznavour, Bécaud , puis les Yé-Yé, les chaussettes noires qui chantaient du rock and roll en français. Donc tout cela nous a marqué aussi, tous les gens de ma génération qui chantent du Blues en français ont tous entendu les chaussettes noires et les chats sauvages.

Ensuite je suis parti aux Etats Unis en 70, là-bas j'ai vu des gens chanter en anglais et se faire comprendre du public. En Louisiane les mecs chantaient en français et en voyant le public réagir, je me suis dit qu'il était complètement ridicule de chanter en anglais dès l'instant où j'étais français. C'est la raison pour laquelle j'écris en français, pour que les gens me comprennent. Ca permet d'avoir une discussion avec le public, en chantant en français j'ai l'impression d'être vraiment moi même. Le Blues pour moi c'est aussi raconter des histoires, c'est pas simplement le fait de jouer de la musique, donc si les gens ne comprennent pas ... J'ai vu de tels rapports aux Etats Unis entre le mec qui chantait et le public que c'est impossible ici d'avoir de tels rapports en chantant en anglais.

Blues magazine : Comment écris-tu ?

Benoit Blue Boy : Je n'écris pas, je chante les morceaux. Mon inspiration vient des trucs qui m 'arrivent ou qui ont pu m'arriver entre deux albums, donc tous les deux ans.Ce n'est pratiquement que des histoires de tous les jours, après tu les transformes.  

Blues magazine : Comment définirais-tu ta musique ?

Benoit Blue Boy : Je fais du Blues en français, en France. Ce n'est pas plus que ça ...

Blues magazine : Après la sortie de ton dernier album " Lent ou rapide " quels sont tes projets de scènes ?

Benoit Blue Boy : On est tout le temps sur la route, on est souvent en province parce qu'il n'y a pas beaucoup d'endroit sur Paris où l'on peut jouer. Quand les gens me demandent ou j'habite je réponds " à Paris ", le lundi et le mardi. Mais on ne peut pas organiser des tournées de 15 jours puis s'arrêter trois mois, sortir un album ... C'est l'été, les festivals, les clubs... mon agent me trouve des dates je les prends et voila. J'ai jamais vraiment arrêté de jouer.

Blues magazine : Quels sont les musiciens avec lesquels tu aimerais travailler ?

Benoit Blue Boy : En général je choisis les gens avec qui je travaille pour un bon moment. Je suis content d'aller jouer à droite, à gauche, faire un boeuf ... mais en fait comme je joue ma musique c'est surtout de faire travailler des gens sur ce que je fais. Je ne suis pas musicien, j'accompagne personne, tu me vois jamais jouer avec un tel ou un tel, à part Patrick Verbeke qui est mon pôte... Même au niveau de l'écriture c'est trop compliqué, j'écris par rapport aux musiciens qui jouent avec moi. Comme je joue vraiment du Blues traditionnel, ras de terre, on peut pas vraiment dire que ce que je fais soit très moderne donc je ne vais pas passer encore trois mois à apprendre à un mec à jouer comme je veux. Les musiciens qui sont avec moi me connaissent, je les ai forcés à jouer comme ça. La plupart des jeunes musiciens français jouent tous Clapton, c'est pas ce que je fais, je n'ai rien contre Clapton, mais c'est pas ce que je fais...Par conséquent, je ne peux pas dire que je cours après des musiciens pour faire des collaborations, je travaille avec les musiciens que j'ai choisi et avec qui j'aime jouer parce qu'ils jouent comme j'ai envie de jouer. Donc, tu ne me vois pas sur les albums des autres, c'est très rare, parce que déjà si ce n'est pas vraiment Blues ça me gonfle... J'ai participé à l'album de Zachary Richard parce que lui joue vraiment une musique roots, et puis j'ai travaillé longtemps avec lui, je le connais depuis la Louisiane, il est venu jouer sur mes albums.Je ne suis pas le musicien de Zachary, c'est un échange entre pôtes, comme avec Patrick, on se connaît depuis qu'on est gamins, c'est avant tout une envie de jouer ensemble. Je déteste me faire engager pour faire un truc, et puis je ne sais pas le faire. J'ai la chance d'être Benoit Blue Boy, de pouvoir faire mes albums et de ne pas avoir besoin de faire des trucs de musiciens. Mais j'ai choisi ça tout de suite, je me suis donné les moyens de mes choix, c'est pas toujours facile parce que cela te met parfois dans des situations ou le mec croit que tu fais la gueule...

Blues magazine : Quel est ton meilleur souvenir en tant que musicien ?

Benoit Blue Boy : En général c'est le truc le plus impressionnant... Quand j'avais 20 ans j'ai joué avec George Smith à Los Angeles, mais quand tu as 20 ans tu te trouves dans des situations avec des mecs comme Albert King mais tu as vingt balais donc tu réalises pas vraiment. Le truc qui m'a le plus impressionné c'est la première fête de la musique sur la place de la Concorde où j'ai joué avec Zachary Richard on a fait tous les deux " travailler c'est trop dur ". On était sur cette énorme scène il y avait du monde jusqu'à l'Etoile. D'entendre tous ces gens chanter c'était très impressionnant, de voir toute cette foule, cette espèce de truc qui monte quand les gens chantent, et tu fais ouah!... Çà fait presque peur, tu as pratiquement le vertige, tu as les poils comme ça... (Benoit fait le geste). Ce n'est pas une histoire de trac, j'ai l'habitude de la scène mais tu as l'impression que tout se met à tourner, c'est vraiment le truc le plus impressionnant que j'ai vu.

Blues magazine : Ton plus mauvais souvenir ?

Benoit Blue Boy : Il n'y en a pas vraiment... C'est le soir où tu n'as pas vraiment bien joué et que tu es en colère parce que la sono ne marchait pas et que tu entendais rien dans les retours... mais il n'y a pas de plus mauvais souvenir en tout cas je ne m'en souviens pas.Il aurait fallu que je tue quelqu'un sur scène (rires...) mais pour le moment ça s'est toujours bien passé, donc ... Et puis comme j'ai toujours fait des choix je ne me retrouve jamais dans des situations incontrôlables à faire des trucs qui ne me plaisent pas. C'est ma manière de vivre ma musique et c'est plus amusant comme ça.

Blues magazine : Que penses-tu du Blues actuel et du Blues en France ?

Benoit Blue Boy : La différence vient surtout du fait que j'entends en France de plus en plus de jeunes musiciens qui jouent vraiment Blues. Ils n'ont pas appris en écoutant les trucs anglais dans les années 70, mais en écoutant des guitaristes de Blues blancs qui jouent déjà vraiment Blues, ces mecs ne jouent pas une note qui sort du système tel qu'il est décidé. Donc c'est vrai que tu vois pleins de jeunes musiciens à Paris ou en province qui jouent Blues, Blues.

Mais aujourd'hui c'est beaucoup plus facile, la preuve c'est que vous vous êtes là et que Blues magazine existe et qu'il y a d'autres journaux, que tu peux plus facilement aller voir des groupes de Blues américains ou autres, et les mecs jouent..., et bien ... Quand j'étais gamin on voyait une fois par an Sonny Boy Williamson à la salle Pleyel qui jouait deux morceaux en se demandant ce qu'il faisait là. J'étais au premier rang et j'essayais de ramasser pleins de trucs en dix minutes. Ce n'était pas évident à cette époque de jouer du Blues il n'y avait rien. Après, avec le Blues boom anglais à la fin des années 60, il y avait des mecs comme Peter Green ou Fleetwood Mac qui jouaient du Blues, même si c'étaient des anglais ils cherchaient à jouer comme B.B King, tu entendais des phrases de Freddy King jouées notes à notes. C'étaient des blancs qui avaient le même âge que nous. Donc, c'est vrai qu'il était plus facile pour nous de s'accrocher à l'image de mecs blancs qu'à celle d'Albert King. Quand tu voyais Albert King ou George Smith tu te disais c'est un autre monde, je ne suis pas américain...

Blues magazine : Il y a aussi tout le discours des puristes qui disent : " si tu n'es pas né pauvre, black tu peux pas jouer du Blues! "

Benoit Blue Boy : Les gens de mon âge on n'y pense même plus à ça parce que le Blues c'est une musique que l'on écoute depuis que l'on est gamin. Quand tu vas voir Kim Wilson ou Jimmy Vaughan tu te dis qu'il n'y a personne qui peut leur montrer quoi que ce soit !... ils peuvent jouer avec n'importe qui. C'est des mecs qui sont là depuis très longtemps, quand ils avaient 15 ans ils jouaient avec des groupes à Dallas. Ils allaient voir Freddy King tous les soirs. Donc quand t'as commencé à 12 ans à regarder Freddy King jouer tous les soirs et que tu as envie de jouer ça... c'est sur que tu sais, t'es né dedans. Maintenant quand tu vas voir jouer des black qui ont 60 ans c'est évident que tu leur dois le respect. Mais je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas jouer du Blues sous prétexte que nous sommes blancs. Je joue de l'harmo depuis l'âge de 12 ans, j'en ai 51 et j'ai toujours fait ça, je ne suis pas noir, américain et fils d'esclave et alors... Je me suis baladé très jeune dans tous les états du sud et j'ai vu les mecs dans les fermes avec les rayures, sur le bord de la route avec les chaînes mais je ne sais pas ce que c'est que d'être dans leur peau , c'est impossible.

Blues magazine : Peux tu nous parler de tes coups de coeurs récents?

Benoit Blue Boy : Dans les groupes français qui m'ont vraiment étonné il y a ce groupe breton qui s'appelle " Doo the Doo " que je trouve vraiment bien . Ils ont fait le choix de jouer d'une certaine manière.

Blues magazine : Qu'aimerais-tu dire aux lecteurs de Blues magazine.

Benoit Blue Boy : Long blanc ... rires ... blanc..., je ne sais pas, chaque mec qui lit votre journal à une raison de le lire. Tu lis Blues magazine parce que c'est un journal de Blues. Parce que tu es harmoniciste, guitariste ou parce que tu veux lire une interview, ou connaitre mieux un mec. Ce qui est important pour vous c'est qu'il y ait un maximum de gens qui le lise et qu'il y ait des articles super dedans, voilà l'intérêt. Maintenant si je devais m'adresser à de jeunes musiciens je leur dirais de faire des choix. De s'obliger à apprendre des trucs d'Albert Collins, de George Smith ou d'autres et après de faire des choix, de faire leurs trucs. Quand j'étais gamin on me disait : " la culture c'est ce qu'il reste quand tu as tout oublié " le Blues c'est pareil ...

Interview réalisé le 2 juillet 1997 par Françoise Astorg et Régine Charles

Nous remercions Benoit Blue Boy qui fut l'un des tous premiers musiciens à soutenir Blues magazine.