Les échos des concerts et festivals
 

New York City Blues Revue

New Morning -13 Mars 2002 -

(Big Ed Sullivan / Arthur Neilson / Mason Casey )

 

Big Ed Sullivan, très visiblement heureux d'être là et de donner du bonheur à profusion, qui ouvrait le ban, est un showman , un entertainer, son apparence de géant débonnaire et placide est trompeuse

Si Coluche jouait du violon avec des gants de boxe , Big Ed sait jouer de la guitare la main recouverte d'une serviette de bains, avec une canette de bière, avec un cendrier, la main à l'envers du manche, la paume dirigée vers le haut, les doigts descendants. La guitare sur la nuque dès le second morceau .

L'on entend çà et là quelques uns déclarer qu'ils n'aiment pas ça, qu'il s'agit de shows à l'Américaine dont on voit les ficelles. Du moment que le côté spectaculaire ne nuit pas à la qualité de la musique, pourquoi jouer la fine bouche ? Si justement cet aspect visuel peut drainer un public plus vaste vers le blues, qui s'en plaindrait ?

On est en droit de rêver d'entendre un jour, qui sait, plus de blues sur les ondes, d'espérer que le blues retrouve la place qu'il mérite à la radio, celle qu'il occupait il y a cinquante ans aux Etats-Unis. Il suffit de voir l'enthousiasme dans les yeux du public, pour se convaincre que les ficelles dites à l'Américaine, atteignent leur but, à savoir hisser le blues à sa vraie place, une place populaire et non plus élitiste, réservée à une caste d'happy few, intelligentsia tirée sur le volet . La preuve pour illustrer ces propos est apportée par Mason Casey lui-même en coulisses. La veille de leur concert parisien , certains aficionados du public d'Orléans, montaient sur la scène avant de se jeter la tête en avant dans la salle ainsi que dans les concerts pop-rock.

Au New Morning , nous sommes restés plus sages mais le spectacle était quand même au rendez-vous.

Big Ed qui joua I Like The Night , Who Do you Love ? , Stray Drawg , Run The Border autant dans la salle, mais sans disparaître restant bien visible de tous, que sur la scène laissa celle-ci à Arthur Neilson, plus académique quant à lui, mais quelle virtuosité, quelle technicité .

 

Le sourire permanent mais un sourire non commercial ou de circonstance .

Un sourire sincère . La satisfaction affichée de réaliser du bon boulot. Possédant son métier, intercalant le swing avec l'émotion pure car quelque part de l'autre côté de l'Atlantique, sa femme l'attendait même s'il restait fier d'être là, confia -t-il intronisant Feel Like Going Home, son foyer frappé par les évènements du 11 Septembre, New York City , son foyer auquel il dédia During The Storm ( pendant l'orage ) car la tragédie, comme la foudre est tombée du ciel. Moment privilégié dans le public où l'émotion était ainsi que le scande le cliché, palpable . Pour ne pas que le pathos ne s'éternise, Arthur Neilson, en artiste accompli qui sait doser ses effets, ses talents, contrebalença par l'immortel That's All Right Mama d'un autre Arthur, Crudup celui-là. Rendre hommage aux anciens, aux maîtres même si l'on vient de la technicité new- yorkaise . Robert Johnson lui non plus ne fut pas oublié avec son Walkin' Blues . Mason Casey prit alors le relais, accompagné des deux autres aux guitares . Teigneux, agressif dans les bons sens des termes. Comme possédé . Ce petit garçon calme, timide en dehors de la scène, en écorché vif qui peut enfin se libérer, sur celle-ci devient lutin bondissant, revanchard. La revanche sur la vie, sur la mort accidentelle de ses deux frères en 1979 fauchés enfants par un chauffard ivre. L'introverti se métamorphose en extraverti. Le Docteur Jekyll et le Mister Hyde du blues .

Maison Cassée ainsi que l'a appelé le fils, âgé de sept ans, du bassiste français, le comble pour Mason, lui l'ancien maçon au prénom aux vertues divinatoires puisque la traduction française de Mason est précisément maçon.

Cependant l'architecture avec laquelle est conçu son spectacle, dispose de fondations indestructibles.

La scène de Mason Casey devient la salle en son entier . Il s'approprie tout l'espace, du zinc du bar aux tranchées entre les tables. Les photographes qui tentèrent de saisir son image fugitive de feu-follet en savent quelque chose .

Interprètant Baby Come Back Home alors qu'il plonge dans la salle , enchaînant Going Back To Amsterdam sur la scène puis déclamant You Say You Don't Love Me à une spectatrice les yeux scructateurs rivés dans les yeux l'espace de quelques secondes , dans le fond vers la sortie , Mason Casey est insaisissable .

Insaisissable mais s'ils repassent, à trois voire à deux ou en solitaire(s), ne les manquez pas. En tout près de quatre heures de concert avec trois artistes différents mais complémentaires, chacun recèlant sa spécificité .

Quatre heures qui coulent en un raccourci du temps comme si l'horloge n'avait que deux heures écoulées à déclarer.

Trois concerts pour le prix d'un . Et quel Concert !

 

CLAUDE DANNIC



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