James Blood Ulmer



Bad Blood In The City

Hyena Records

Alors qu'Alan Blues' Angel vient de nous chroniquer l'album précédent du Monsieur, le fantastique Birthright, dans le numéro 45, voilà que nous parvient déjà le suivant, Bad Blood In The City… Mais cela n'est en rien pénalisant, tant les deux albums différents l'un de l'autre. Autant le précédent semblait dépouillé, l'artiste quasiment seul avec sa guitare et un harmonica pour sonner Blues roots, et nous offrir un pur joyau, celui-ci est plus dans l'esprit de ce que James Blood Ulmer fit au New Morning, en compagnie de Vernon Reid, le 10 juillet 2006. Aujourd'hui, les musiciens sont plus nombreux autour de lui, ils sont cinq pour exprimer en onze morceaux sa rage, sa colère et ses souffrances, devant la situation en Nouvelle-Orléans, après l'ouragan dévastateur et ses conséquences qui perdurent… Cinq compositions personnelles, cinq superbes reprises, de Junior Kimbrough, de John Lee Hooker, de Willie Dixon, de Chester Burnettt et d'Eddie J.House Jr et un traditonal arrangé par le génial musicien. Tout est recherche originale dans ce nouvel opus, qui abonde de trouvailles rythmiques et sonores, dont Vernon Reid est, sans doute, l'instigateur. L'esprit de Living Colour survolant, sans nul doute, le Piety Street Studios de Nouvelle-Orléans ces jours-là.

Dominique Boulay


James Blood Ulmer



Birthright

Sin Drome Records

Comme d'habitude, un poil de biographie, on ne connaît pas tout le monde ! Né en Caroline du Sud en 1942, dans une famille très religieuse, mais très musicale : le Gospel, (of course) J B Ulmer décide que sa voie sera la musique, mais, plutôt côté Blues, R&B, Country et aussi le Jazz qui sera un immense terrain de recherche. De toute façon, tous les chemins mènent à Dieu, malgré un avis très différent de son père. Premier arrêt à Pittsburg, il est remarqué très rapidement pour ses aptitudes, il sévira principalement en R&B. Peu de temps après, il accompagne Ernie Goldsmith et Jewel Bryner. Mais, le Jazz l'attire immanquablement. Cette musique lui permet d'avoir une créativité no limit. Quelques années passées à Detroit, au sein du label jazz Blue Note, comme requin de studio, lui permirent de parfaire sa technique. A New York, une rencontre l'amène à un concept musical : l'harmolodie. Effectivement, Ornette Coleman l'emmènera sur les sentiers du Free Jazz, un disque naîtra de cette rencontre : Tales of Captain Black. Il jouera également avec Paul Bley, Art Blakey, David Murray et d'autres encore. Un bout de chemin avec CBS qui se séparera de lui suite à Odyssey, un morceau d'anthologie sur la musique de ses racines. Un de ses meilleurs titres (nous parlons Blues) : Memphis Blood : The Sun Sessions, réalisé avec Vernon Reid (Living Colour), suivi de No Escape From The Blues : The Electric Lady Sessions. En 2005, il nous gratifie d'un solo inclassable, car tout y est (pour info le producteur est toujours son acolyte Vernon Reid). Birthright, douze morceaux qui évoluent dans le silence ! Une voix, une guitare, des textes qui traduisent ses souffrances, une pureté qui permet de saisir chaque note et chaque nuance, tous ses styles sont omniprésents, mais tellement subtils. A écouter religieusement. Merci James.

Alan Blues'Angel


James Blood Ulmer


No Escape From The Blues

Hyena

Quel disque touffu, quelle verve ! Free Blues, folk expérimental, ragtime progressif, par quel bout prendre cet arc-en-ciel ? Comment répertorier toutes les essences qui prolifèrent sur ce petit carré de jungle baroque ? Deux titres signés Ulmer, seules orchestrations dépouillées de l'album. Sinon, tout un assortiment de reprises échevelées, Goin' To New York, Who's Been Talkin', Trouble In Mind, contre exercices d'anti-styles qui matérialisent une énorme patte. Cakewalks cahoteux. Boogies bordéliques. Stop times surchargés qui ripent dans tous les sens avec leur fardeau. Chants éthylisés. Instruments dés identifiés, jetés en vrac au fond d'un chapeau et tirés au sort, utilisés avec une indigence si roots qu'ils se recyclent en mutants glamoureux. Des wah-wah, des leslies jaillis de n'importe où, filant vers nulle part. Cordes à tirant maximal. Solos en carreaux d'arbalète qui ont la courtoisie d'un commencement mais pas celle d'une fin. Batteries festives aux sentences appuyées, contredites par des perçus saugrenues et des crépitements de claquettes arythmiques. Suspensions, ruptures, arrêts brusques. S'agit-il d'un manifeste ? Quelle signification donner à ce monument sans réels contours, sculpté comme une broderie gothique ? Des années de free-jazz et de funk pour revenir au point de départ. No escape from the blues !

Christian Casoni.