Johnny Fuller

West Coast - R&B And Blues Legend

Volumes 1 et 2 - Official - 3278 et 3279

Moi qui vous parle, j'attendais cette réédition depuis plus de vingt ans ! Du temps que régnait encore le vinyle on trouvait, dans les bacs, des disques à dix-huit francs, ceux de la série " Anthology Of The Blues ". Cette collection Musidisc regroupait une petite quinzaine d'albums. L'un d'eux, " California Blues ", consacrait toute sa face B à un certain Johnny Fuller : cinq titres formidables qui vous enlèvent comme des tapis volants et vous bercent ensuite toute votre vie. Dans son encyclopédie, Herzhaft se fend d'une note sur Fuller : le bluesman naît dans le Mississippi en 1929, il émigre vers Oakland en 1945, il y trépasse en 1985. Chanteur et guitariste, Johnny Fuller incarne ce blues languissant qui particularise le lowdown californien. Il chante d'une voix grave, un poil corsée mais un peu fragile en même temps. Sur sa guitare Fuller pose, du bout des doigts, une toile d'araignée par-ci, par-là, toujours poignante. Tout est pathétique dans ses blues, la timidité du piano, l'accent des mélodies, ce voile discret où s'éteint parfois le chant. Le volume 1 de la réédition comporte nombre de ces chansons pénétrantes. Gérard Herzhaft signale les plus belles : " Buddy "… et l'inchantable " Back Home " (j'avoue !), enregistrées pour Bob Geddins. Ajoutons " It's Your Life ", " How Long " et le croonant " Johnny Ace's Last Letter ", un chagrin étrangement policé dans ce bouquet de fleurs mourantes. Plus tard, Johnny Fuller a gravé, pour Imperial et Aladdin, du R&B (Coasters/Platters) et même du rockabilly (" First Stage Of The Blues ", " All Night Long "). Cette période est surtout couverte par le volume 2, avec des chansons plus orchestrées, plus pop, moins originales. L'une d'elle est devenue un standard du psychobilly : " The Haunted House ". Dans les années 60, l'étoile de Fuller pâlit et l'homme trouve alors sa pitance dans un garage. " California Blues " ouvrait encore deux plages à un dénommé James Reed, autre bluesman de la Côte Ouest dont Fuller reprend "My Mama Told Me ". Vivement qu'on réédite son œuvre, à celui-là aussi. Debout, les morts !

Christian Casoni.