Alec Seward, Louis Hayes, Willie McTell, Champion Jack Dupree, etc.

The Back Porch Boys

Delmark 755

En marge des grands couloirs du blues, une bretelle de bord de mer remonte la Côte Est vers Big Apple. Delmark publie une sélection de titres enregistrés entre 1947 et 1950 à New York, cette ville si rétive au blues. Deux fameux Sudistes, Blind Willie McTell et Champion Jack Dupree, croisent quelques passants méconnus, Alec Seward, Louis Hayes et une ombre sans mémoire nommée Dennis McMillon. Ce disque est beau comme de l'antique. Il ne s'agit plus de ritournelle, fillette. Ici, c'est de l'Histoire ! Les chansons ont été extraites des catalogues Apollo et Regal, et compilées avec un souci d'équilibre qui explique la disparité des genres. Le virginien Seward (alias " Guitar Slim ") et son mystérieux compère de Caroline du Nord Louis Hayes (alias " Jelly Belly ") formaient les Back Porch Boys. Leur duo est présenté comme le clou de l'album à travers 8 titres et 3 prises alternatives. Tous deux guitaristes, le premier chante avec un organe timbré comme celui de Charlie Patton, la voix de l'autre évoque celle de Robert Johnson. Les morceaux servis sur cette galette inclinent davantage vers le Delta que vers le Piedmont, avec ce double contre-chant de guitares qui s'épousent finement sans que l'une ne régente l'autre. Exception nouvelle-orléanaise dans ce panel d'Appalachiens, Champion Jack Dupree s'illustre au sein des Mystic Six sous le pseudonyme de Duke Bayou. Il a droit à 4 belles plages dont la tonicité est soutenue par un washboard, un jug et, surprise ! une guitare nommée Brownie McGhee. Dupree grave l'un des deux meilleurs morceaux de l'album : " Rub A Little Boogie ". Dennis McMillon, lui, n'a pas marqué les annales mais on sait qu'il était originaire de Caroline du Nord. De sa voix douce, légèrement flûtée, il n'entonne qu'un titre (" Goin' Back Home ") dans un style qui trahit nettement ses racines sud-orientales, chanson unique dont Delmark a retenu deux versions. L'une d'elle donne au producteur d'alors, Mendelsohn, l'occasion de s'improviser percussionniste et d'accompagner McMillon… à la " suitcase " ! Enfin Willie McTell ferme l'album et s'octroie, du coup, le pouvoir du dernier mot. Le Georgien interprète, en slide, l'autre grand moment du disque : " River Jordan ", l'un des 4 splendides gospels livrés à vos appétits mécréants. Sa voix nasillarde démarre sur un trémolo outrancier, mais la ferveur du chant est telle qu'elle coupe immédiatement cours aux railleries. Et puis McTell diffuse une lumière étrangement moderne. Si vous doutiez de la justesse de Dylan à ses débuts, réécoutez Blind Willie McTell. Vous changerez d'opinion.

Christian Casoni.