Hound Dog Taylor

Release The Hound

Alligator ALCD 4896

La meilleure émulsion du vieux punk. Release The Hound regorge d'inédits, live, studio, saisis entre 1971 et 1975. Toujours cette urgence bordélique et saignante, ce comptage ultra-serré du minimum vital. La tronçonneuse à bottleneck est plus teigneuse que jamais. Taylor passe le manche à la meule et fait jaillir le boogie en gerbes d'étincelles, dompte avec peine une guitare qui ne concède que de précaires rémissions, qui aboie des boogies sommaires, hypertendus Wild About You, mais aussi des titres à combustion lente, monstrueux déchirements de barbaque. Car ce jeu raide, suraigu, si peu enclin à la tendresse, devient par moments merveilleusement élégiaque, et chaque passage de chrome élargit un peu plus la plaie. Things Don't Work Out Right devance d'une apocalypse le Whammy de Wilko Johnson. Une maigre inflexion mélodique. Un prêche si las. Le trémolo de l'ampli est ouvert à fond, les micros à simple bobinage graillonnent à gorge déployée, font bourdonner une onde de néant tandis que Philip déroule ses rubans de papier tue-mouche, puis s'enrouent, menaçants, hululent à la mort avec leur trémolo qui sort de la jante, fondent au noir ce climax de 13 minutes. Sûr, c'est un discours qui frappe l'estomac plus que l'oreille

Christian Casoni