Une exclusivité Blues Magazine 

Interview de David Gogo
au One Way
07 Février 2008

 

Interview préparée et réalisée par Dominique Boulay
Traduction Josée Wingert
Photo couleur Michel Enfert
Photos N/B Bruno Migliano

Les petits concerts du One Way, en semaine, ont ceci de sympathique que nous avons l'impression d'être seul au monde dans le quartier quasi désertifié en soirée. Le problème n'a jamais été que nous soyons seuls au monde rue Jules Vallès, à côté du Marché Malik, à St Ouen en Seine St Denis ! Le problème, c'est que nous ne soyons jamais assez nombreux dans la salle de concert !

Nous étions arrivés en avance, Michel Enfert et moi-même, histoire de converser quelque peu avec la charmante Christine et de nous humecter le palais d'une petite mousse bienvenue à ce moment de la soirée. Imaginez un petit peu ma surprise, lorsque soudain, la sonnerie du portable retentit et que lorsque je décroche, ce n'est autre que David Gogo, lui-même, qui m'appelle pour me dire qu'ils auront quelques minutes de retard avec les musiciens, car la camionnette qui les amène de l'hôtel est dans un bouchon. Ce petit inconvénient réglé, ils arrivent tous enfin. Et nous nous attablons pour enregistrer cette petite interview.

Blues Magazine > Bonsoir et merci de nous rencontrer si gentiment ! On connaît déjà un certain nombre d'artistes canadiens, comme Sue Foley, Pat The White ou Harry Manx, entre autres. As-tu des contacts avec eux ?
David Gogo > J'ai rencontré Sue Foley à l'aéroport, l'autre jour, à Calgary, Alberta. Je la connais depuis déjà quelques années. Par contre, je ne connais pas personnellement Pat The White, mais j'ai rencontré son manager récemment, et il m'a proposé de faire quelque chose avec Pat. A vrai dire, de ces artistes, je ne connais que Sue. Il y a des tas d'artistes au Canada. C'est un très grand pays, très étendu. Moi, je vis à l'ouest. Sue vit au milieu du pays et Pat habite au Québec.

BM > Quelle est la situation des musiciens qui jouent du Blues ou du Blues Rock chez toi ?
DG > Excellente. Il y a de nombreux festivals et de nombreux très bons clubs. Le plus difficile est que les villes sont très éloignées les unes des autres. Tu joues un soir à Vancouver et ensuite tu dois prendre la voiture jusqu'à Calgary. C'est onze ou douze heures de route. C'est difficile de faire des tournées. Ce n'est pas comme ici, en Europe, où tu as une heure de trajet entre les différents endroits où tu joues. Mais par contre, c'est vrai que nous avons de très bons festivals.

BM > Comment s'est passé la travail avec Jeff Healey, qui a participé à l'enregistrement du premier morceau de ton nouvel album She's Alright ?
DG > Cela a été l'un des plus grands moments que nous avons vécu en studio !

BM > As-tu, par ailleurs, des contacts avec des musiciens américains ?
DG > Oui, un peu. J'ai récemment fait l'ouverture d'un concert de Johnny Winter, et j'ai eu la chance de travailler avec lui plusieurs fois. C'st vraiment très agréable. Il va jouer de la guitare dans mon prochain album. C'est l'un des américains que je côtoie. Il y a également Alvin Youngblood Hart avec qui j'ai joué plusieurs fois. Dans le passé, j'ai fait quelques concerts avec Albert Collins, Buddy Guy ou BB King.

BM > Tu parles de ton prochain album, pourtant ton dernier CD, Vibe, est tout récent.
DG > Oui, mais dès que je vais rentrer au Canada, en mars prochain, je vais commencer à écrire. Je ne sais pas encore, mais je crois que je vais prendre plus de temps que d'habitude. Je viens de réaliser un album acoustique au pays, l'année dernière. Il a été nominé pour plusieurs récompenses. Il est vraiment très bon. Mon prochain album sera avec un groupe, mais je n'ai pas encore commencé à travailler dessus. Nous l'enregistrerons, peut-être, à l'automne prochain.

BM > Ce soir, tu utilises quatre guitares, c'est ce que m'a dit un copain qui était présent à ton premier concert, hier soir. Ce sont quatre guitares électriques, mais tu joues donc également acoustique, puisque tu as évoqué précédemment un disque acoustique…
DG > Oui, mais pas ce soir.

BM > Oui, cela je l'avais compris aussi. Mais tu t'en sers, puisque tu as évoqué le disque nominé.
DG > C'est vrai. J'au une vieille National à résonateur. J'avais l'habitude d'utiliser cinq guitares différentes. Auparavant, quand je jouais, j'en utilisais une pour le slide en open tunning D, une autre pour l'open tunning G et d'autres dans différents tons.

BM > Quels sont tes artistes américains favoris ?
DG > Eh bien, Albert Collins est toujours ma référence. Il est tellement unique ! Il a vraiment un style qui lui est propre. C'est un guitariste merveilleux. Alvin Youngblood Hart est quelqu'un de bien, et j'aime bien ce qu'il fait. Il y en a tellement, tu sais. Quand j'étais jeune, il y avait Magic Sam, Howling Wolf…

BM > Oui, mais Howling Wolf, c'est une génération précédente, je voulais voir s'il y avait aussi des artistes de la nouvelle
DG > Oui, moi aussi j'ai bien compris ta question, mais excuse-moi, je ne peux m'empêcher de penser à ces artistes-là.

BM > Qu'écoutes-tu lorsque tu es à la maison ?
DG > Cela dépend. J'écoute un peu de Blues. En ce moment, j'écoute Bob Dylan, Andy Williams et quelques chanteuses. Le plus souvent possible je regarde des DVD musicaux de Blues justement : encore Albert Collins, j'en possède un excellent, enregistré lors d'un show télévisé. Cela dépend vraiment. J'écoute de tout.

BM > As-tu déjà songé à faire ton propre DVD, justement ?
DG > Oui, on n y pense. On a déjà quelques prises. Mais, il y a toujours un problème qui empêche de concrétiser cela au moment du mixage. Il n'y a rien de tangible pour le moment.
Le seul DVD que j'ai fait, c'était pour des leçons de guitare. J'y enseignais comment jouer certaines choses. On a eu quelques concerts filmés, mais rien qui fasse un DVD correct.

BM > Quels sont tes mentors à la guitare ?
DG > J'aime beaucoup Jimi Hendrix, une fois de plus Albert Collins, BB King... beaucoup de gars du Texas : Stevie Ray Vaughan, Jimmy Vaughan, Johnny Winter et quelques anglais comme Peter Green ou Mick Taylor.

BM > Et des sliders comme Rory Gallagher ?
DG > Oui, naturellement, j'aime beaucoup Rory Gallagher. J'étais, il n'y a pas longtemps, sur YouTube, et j'ai vu un truc ahurissant de ce guitariste.

BM > Est-ce ta première venue en Europe ?
DG > Je suis beaucoup venu en Europe, mais la dernière fois remonte à sept ans. J'ai travaillé avec un agent qui ne voyait que par les Etats Unis. Alors, on n'a rien fait ici et c'est dommage ! Je suis passé par le Chesterfield Café, il y a des années. J'ai joué pas mal en Hollande et en Belgique. Tu sais que j'aimerais vraiment revenir plus souvent pour établir de vrais liens en Europe. Après ce bref passage en France, je vais aller jouer en Allemagne. Je rentre ensuite à la maison, puis je reviens fin mars et je ferai des festivals au Danemark et en Hollande.

BM > Où est-ce que tu tournes, généralement ? Aux Etats Unis, au Canada ?
DG > La plupart du temps, je joue au Canada. C'est très difficile de jouer aux Etats-Unis, parce qu'ils se fichent du Canada et des Canadiens. Je l'ai fait quelques fois, mais comme ils s'en foutent, c'est vraiment très ingrat. Tu sais, nous ne comptons pas beaucoup pour eux. C'est dommage, parce que c'était bien de jouer là-bas. Pourtant j'ai obtenu un JUNO, l'équivalent canadien des Grammy Awards. Mais, cela ne leur parlait pas. Pour eux, je n'étais qu'un guitariste ordinaire. Par contre, quand je vais aux Etats Unis avec Johnny Winter à Pittsburgh, alors-là, c'est de la folie ! Je suis l'Invité à un festival de Blues ! Ce qui est dommage, c'est que cela ne se passe que dans une seule ville.

BM > Où préfères-tu jouer, petites salles ou grandes salles ?
DG > J'aime tous les endroits. Petits clubs égalent intimité et proximité. Il y a interaction entre les spectateurs et les musiciens. Et dans les grandes salles, les grandes scènes, il y a toute la logistique et les sons qui sont géniaux.

BM > Est-ce facile d'être musicien professionnel dans ton pays ?
DG > J'y arrive, mais on ne peut pas dire que cela soit facile. Il faut être très débrouillard. Je joue avec un groupe sur la côte ouest et je travaille avec d'autres musiciens sur la côte est. Cela m'assure donc toujours du travail. Je suis donc toujours occupé. Tu es contraint de toujours te débrouiller pour avoir du travail.

BM > Je te posais cette question, parce que en France, de nombreux musiciens professionnels sont obligés de donner des leçons, par exemple, pour pouvoir vivre décemment.
DG > C'est la même chose au Canada. L'un de mes musiciens, sur la côte ouest, enseigne également la guitare.

BM > Combien de guitares possèdes-tu à la maison ?
DG > Je ne sais pas exactement. Peut-être vingt ou vingt cinq, quelque chose comme cela.
Mais par contre, je n'en utilise que quatre ou cinq en permanence.

BM > Fender ou Gibson ?
DG > Cela a de l'importance pour le son que tu veux obtenir. Mes Gibson sont en open tunning pour jouer en slide. Habituellement, j'ai aussi une Télécaster qui est accordée en openG comme Keith Richards, mis je ne suis pas venu avec, car c'est très cher de faire venir des instruments. C'est la raison pour laquelle je ne suis venu qu'avec quatre guitares seulement…

BM > Le timing était tel qu'il fallait que David se prépare à monter sur scène. Nous avons donc dû interrompre l'entretien, mais le temps que l'artiste nous avait déjà consacré nous a permis d'en apprendre beaucoup, sur ce musicien canadien que nous reverrons avec plaisir, lors de ses prochains passages par Paris. D'autant qu'en plus de sa gentillesse naturelle, c'est vraiment quelqu'un plein de talent !