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Mudcat

Les dates de concerts

 

Kickin' Chicken…

… est le quatrième album d'un groupe étonnant qui a jeté l'ancre à Atlanta. Mudcat joue du rock gumbo, un panaché hillbilly qui brasse tous les styles de la musique sudiste, du blues, de la country, du cajun et quelques options : jazz, gospel et rock'n'roll. Mudcat dégaine les étiquettes, vous les montre et les froisse en ricanant. Ses chansons tracent des carrefours biscornus. Écoutez Hush Hush. Elle ronronne un moment comme un rock de Wanda Jackson, soudain le piano déjante et refoule la romance dans un registre impossible à définir. Ils jouent de la dérision autant que de la guitare et du saxo. Sous ce second degré permanent, sous leurs dehors de péquenauds indécrottables : une volée de récriminations sociales. Le chanteur ripe dans les faussets. Slide et saxo s'enlacent en transes furtives. Le batteur roule comme une fanfare. Sur l'album, les arrangements sont doux et onctueux. MAIS Mudcat revient chez nous en novembre. Un conseil : courrez les découvrir en concert. Ce que vous entendrez dans ce disque ne laisse rien présager de l'exercice de jubilation qui vous attend. Trois heures de furie non stop, emportées par une gaîté ravageuse et une immense générosité. Le groupe entre dans le public et transforme ses concerts en parades de carnaval. Un moment mémorable d'utopie anarchisante.


Kickin' Chicken, quatrième album
2003

Précisions de dernière minute apportées par Katerina
(e-mail du 19 août) :

" En ce moment, ils sont en train d'enregistrer leur nouveau CD.
Le groupe est en pleine transformation.
Julie Jersey (saxophone) n'en fait plus partie.
Arrive Joe Burton, trombone du BB King Band pendant quinze ans, et du Junior Wells Band pendant dix ans. Arrive aussi Lori Beth Edgeman, déjà présente sur les albums Mud, Sweat & Beers et Mo' Better Chicken.
Joe sera sur la tournée européenne, en octobre et novembre 2004.
Lori Beth y participera peut-être en novembre. "


Poulailler
Dynamic, energetic, positive personalities

Blues Magazine : Mudcat… c'est le nom du groupe ou le surnom de Dudeck ?
Danny Dudeck : Les deux. J'ai choisi Mudcat pour avoir une bonne raison de me rincer la bouche avec des mots comme l'adjectif éponyme ! Tu sais, le Chicken Man est un prêtre vaudou très puissant. Lorsqu'il m'a donné ce surnom, il m'a fait jurer de garder mon cœur et mon esprit grand ouverts. Il m'a dit qu'avec ce nom, j'allais pouvoir ouvrir beaucoup de portes.

Quel est le vrai nom de Snave?
Il s'appelle David Fodella Evans… Mais cette information ne doit pas être divulguée. Jamais.

D'où viennent les membres du groupes ?
Ils sont tous américains, et issus de la classe ouvrière. Snave (chant, basse, banjo, harmonica, flûte, tambourin, percus) vient de Gainesville (Georgie), capitale mondiale du poulet. Eskil (batterie) vient aussi d'un patelin nommé Gainesville, mais en Floride. Julie Goldstein (saxophone, chant) est originaire du New Jersey. Dan Dan (washboard, percus), de New Haven (Connecticut). Julie, Eskil et Snave ont commencé la musique à l'école paroissiale, et poursuivi l'entraînement à l'université. Nous avons tous eu nos maîtres. Cootie Stark, Cora Mae Bryant, Frank Edwards, Taj Mahal, Dickey Betts, beaucoup d'autres. Et nous avons tous expérimenté la théorie à l'école de la rue. Nous avons dû donner des milliers des concerts déjà. Alors, c'est bon ? Tu nous le files, ce job ?

Dans quelles circonstances vous êtes-vous rencontrés ?
Avant Mudcat, mon seul premier vrai groupe s'appelait The Hip-Shake Babies. On était basé à Savannah (Georgie), et ça se passait aux alentours de 1985. Mais, il y a quinze ans de cela, j'ai croisé Snave dans un cimetière. Snave avait son harmonica dans la poche. Nous avons bu un vin très alcoolisé, nous avons joué toute la nuit, puis nous avons embrayé dans la rue et dans des clubs de rock. Nous avons animé pas mal de soirées. Snave faisait déjà partie du Mudcat original, en 1989.
J'ai rencontré Dan Dan, ça fait quatre ans maintenant. Il travaillait comme infirmier. Aujourd'hui, Dan Dan passe son temps à ouvrir et à gérer des cliniques, il est en train de révolutionner le système social américain. Bonne chance, Dan Dan !
Et puis voici trois ans, j'ai rencontré Julie à Paris. Je séjournais à Montreuil chez René Miller, un ami louisianais qui s'est installé en France. Un excellent musicien au demeurant. Nous étions là, attablés devant un café, à nous lamenter sur le concert du soir qui venait d'être annulé. Soudain cette fille surgit, juchée sur ses rollers, un saxophone en bandoulière dans le dos. On sympathise, elle nous invite à venir jouer avec elle au Asman Café. C'est l'endroit où elle était programmée, et qui n'existe plus. Nous y avons joué toute la nuit.
Il y a deux ans enfin, j'ai rencontré Eskil à la Northside Tavern d'Atlanta. On était encore en train de boire. Cette fois, c'était un grog que nous avait préparé son papa suédois. On philosophait. J'en ai profité pour lui proposer de rallier le groupe. On l'a vu débarquer le lendemain avec son washboard.


Photo MW. Pospisil.

Vous êtes tous multi-instrumentistes…
C'est d'abord un gros boulot… T'as vu le paquet d'instruments qu'on doit se trimballer ? Mais l'effort en vaut la peine, ça élargit nos opportunités musicales. C'est plus intéressant pour les musiciens, mais aussi pour le public. J'ai choisi mes camarades en fonction de leurs aptitudes musicales, mais aussi pour leur sensibilité. J'attends d'eux de la souplesse, de la puissance, un sens aiguisé de l'improvisation, et qu'ils soient capables de penser vite, de prendre la bonne décision à l'arrachée. J'ai trouvé des personnalités dynamiques et positives, qui montent sur scène par plaisir. Moi, ce que je peux leur apporter, c'est la possibilité de gagner leur vie dans un environnement appréciable, avec la liberté d'étancher leur soif de créativité.

Comment évoluent la musique et la mentalité de Mudcat ?
Le talent des musiciens s'affine chaque jour un peu plus. Le temps joue pour nous. Mes idées se bonifient, j'utilise mieux ma voix, mon jeu de guitare est plus précis, j'ai une vision plus nette de la façon dont il faut créer les chansons ou mettre le groupe en valeur. Oui, le temps trace, pour le groupe, des perspectives de plus en plus claires.

Comment se répartissent les responsabilités au sein du groupe ?
C'est un secret, une marque déposée. Mais bon, ça va pour cette fois. Alors voilà : Dan Dan s'occupe de notre santé. Moi, je reste collé au téléphone et passe mes journées à la poste. Snave aime bien prendre le volant à condition qu'on se trouve en Italie. En outre, c'est lui qui conçoit nos affiches. Julie, son boulot consiste à ramasser des amis un peu partout. Eskil s'entraîne à parler l'eskimo en vue de l'incontournable tournée des igloos !


Gombo
The song is the boss

Vous vous définissez comme des musiciens de rock'n'roll gumbo…
Le gombo est un bouillon délicieux qui vous surprend à chaque cuillérée. Qu'est-ce que la prochaine vous mettra dans la bouche ? Un ingrédient sucré ? épicé ? Un morceau de viande ? En tout cas, vous pouvez être sûrs d'une chose : ce sera savoureux.

Mudcat aborde quasiment tous les styles de la musique sudiste américaine, blues, country, jazz, gospel, rock'n'roll, swamp, cajun…
… Oui, tout ce qui peut inspirer de bons et d'honnêtes sentiments.

Vos chansons sont des carrefours. Vous posez-vous en historiens d'une certaine culture ?
C'est ça. Je me sens, de près ou de loin, débiteur envers l'histoire. La musique fait partie de l'histoire de l'humanité et, oui, je me sens certaines obligations. En tant qu'artiste, en tant qu'être humain, nous avons tous cette mission de transvaser dans le futur les meilleures idées du passé. Ces idées restent actuelles. Les inventions américaines que sont le jazz, le blues, la country sont le résultat d'un vaste mélange. Aujourd'hui, la technologie nous permet de découvrir toutes sortes d'expressions musicales. Nous avons même accès à des enregistrements qui furent réalisés dans les coins les plus reculés de la planète, au début du XXe siècle. On peut même accéder à des œuvres vieilles de mille ans et conservées dans des manuscrits. Voilà d'où viennent le jazz et le blues. Tout ce qui me touche fait partie de ce mix.


Premier album :
Worlwide Mud
(1996)


Le cinquième album
I'll Be Young Once Too
(A paraitre)

 

En studio, votre doigté est beaucoup plus velouté que sur scène...
En studio, notre boulot c'est trouver un arrangement carré pour chaque chanson. On entre obligatoirement dans une phase plus contemplative. Quand tu graves une chanson, on t'accorde un crédit de quelques minutes pour donner au monde tout ce cette chanson veut lui dire. Le studio est un autre médium, une autre façon d'exercer sa créativité. Le résultat correspond rarement au projet que tu avais imaginé. Ensuite, la chanson se développe toujours différemment quand elle est jouée sur scène. Sur scène, nous sommes plus libres par rapport aux timings. Quoi qu'il en soit, the song is the boss ! Mais le prochain album, j'aimerais qu'il soit enregistré live.

Qui est Marion King Gravely à qui Kickin' Chicken, votre dernier album, est dédié ?
Quelqu'un qui m'a élevé comme son propre fils, quand je n'étais encore qu'un délinquant juvénile. Il est mort l'année dernière d'une crise cardiaque.

Buddy is free. Qui est ce Buddy, à qui vous faites allusion dans le livret ?
Un vieux pote. Buddy nous a aidés financièrement et spirituellement à l'époque du premier album (Worldwide Mud). C'est un type très généreux. Il s'est beaucoup intéressé à la culture de la marijuana… une passion qui l'a conduit en taule. Remis en liberté, il a encore trouvé le moyen de nous aider pour le nouveau CD. C'est lui qui nous a amené Dexter Murphy (piano, claviers).

De quoi parlent vos chansons ?
Des choses de la vie quotidienne. Paix. Sexe. Amour. Boisson. Compassion.

Que signifie Truth = PI, titre d'une de vos chansons ?
C'est un double jeu de mots qui contient une métaphore cachée. Soyez vous-mêmes et vous matérialiserez vos désirs.


Recto

verso
Deuxième album Mo' Better Chicken (2000)

 

De quoi est-il question dans la chanson Country In The End ?
Du temps passé à New York. Cette expérience m'a enseigné deux choses : j'aime les grandes villes, mais je préfère la campagne !

De quoi est-il question dans la chanson This World Is Not Our Home ?
Vivez pleinement chaque moment qui s'offre à vous, car nous ne sommes que de passage en ce bas monde.

La chanson Chicken Man a un côté fifre et tambour. Le document de Scorsese, Feel Like Goin' Home, nous a donné un aperçu de ce style en présentant Otha Turner...
Fife and drum… Les premiers instruments de musique de l'humanité. Il y a des îlots vivaces de tradition. Le fife and drum en est un. Ce style s'entend encore de nos jours, dans les pique-niques familiaux des régions rurales du Sud. James Davis, un guitariste de Perry (Georgie), est une excellente incarnation de ce style. Hélas, il a été victime d'une crise cardiaque. Quant à Otha Turner, fameux souffleur de fife du Mississippi, il était unanimement reconnu comme l'un des meilleurs. C'était surtout un grand homme.

Acceptez-vous le qualificatif de hillbilly ?
Atlanta se trouve dans le Piedmont. Savannah n'a pas été bâtie en altitude. Je viens d'une région où on rencontre des plages et des marais…

Cette couleur hillbillie (façon Les Arpents Verts !), est-elle une expression du second degré, ou l'expression d'une revendication identitaire ?
Je joue comme ça vient. Si je peux inspirer un sentiment de joie, je fais tout mon possible pour le faire culminer. C'est vrai qu'il y a toujours un petit clin d'œil quelque part, mais je t'assure que nous n'essayons pas de jouer un rôle. Nous n'avons jamais eu l'intention de tourner les gens en dérision.

Cette fixette sur les poulets, c'est rapport au vaudou ?
Le poulet donne une excellente viande, une jolie métaphore et même d'excellents breuvages. Quant au vaudou, je ne pratique aucune religion. J'ai rencontré plusieurs guérisseurs, ainsi que des prêtres affiliés à ce phénomène qu'on évoque parfois par les termes voodoo ou hoodoo, Señor Alvarado à Brownsville (Texas), le Chicken Man de la Nouvelle Orléans, le fils du Docteur Buzzard à Beaufort (Caroline du Sud). Moi, j'écris, je chante les choses qui se développent dans mon esprit, sans me poser de questions, c'est tout.


Recto

Verso

Troisième album Mud Sweat and Beers (1999)

 

La Louisiane, c'est un symbole pour vous ? Une région dont le mythe dépasse la géographie et l'histoire ?
J'adore la géographie. Je viens de la plaine, d'un village de pêcheurs nommé Tybee Island, dans les environs de Savannah. Savannah est une magnifique ville portuaire de Georgie, l'une des premières villes que fondèrent les Européens. Elle est peuplée de gens amicaux et on y mange très bien. Son histoire est celle de la grande musique, décadence, boisson, le dixieland et ses racines. La Louisiane est, elle aussi, une région magnifique et paisible. Quand je suis en Louisiane, je me sens comme à Savannah. Même climat. Même architecture. Un melting-pot culturel. Oui, mon cœur réside en Nouvelle-Orléans. Quand j'ai besoin de me poser au calme, j'ai toujours un paysage louisianais qui me traverse l'esprit.

Cette année, on célèbre le bicentenaire de la cession de la Louisiane aux États-Unis.
À vrai dire, je n'ai pas eu beaucoup le temps d'y penser. Les journaux américains s'intéressent plutôt au 60e anniversaire du Débarquement de Normandie. C'est aussi une commémoration importante, mais elle est récupérée par le gouvernement, utilisée comme un argument de propagande électorale.

Quatrième album
Kickin' Chicken Verso
2003

Chicken run
A fun band that makes people happy

Dans quels États des États-Unis tournez-vous le plus souvent ? Dans quels pays d'Europe ?
En Georgie pour les États-Unis. En Europe, c'est surtout en France que ça se passe, mais on joue aussi en Italie, en Suisse et au Portugal.

Comment êtes-vous perçus aux États-Unis et ailleurs ?
Comme un groupe de fun qui a pour vocation de rendre les gens heureux. En général, le public réagit très chaudement. C'est particulièrement notable en France et en Europe. En France, la communication est un vrai challenge : je ne parle pas encore très bien ta langue. Je l'assimile petit à petit. Les Français me semblent plus sensibles aux vibrations, davantage qu'aux textes. Ils me semblent bien plus curieux et motivés, quand je vois le mal qu'ils se donnent pour essayer de classer notre musique… Le public américain, lui, picole beaucoup plus et devient plus sauvage. En Europe, je suis chaque fois frappé de voir les gens nous observer de très près, comme au théâtre… Mais nous brisons rapidement cette muraille et tout le monde finit par entrer dans la fête !

La musique live subit-elle, aux États-Unis, les mêmes déboires qu'en France ?
Je ne sais pas. De l'autre côté de l'Atlantique, l'argent est souvent la motivation principale des tauliers. Ils s'arrangent toujours pour te raquer le moins possible. Cette rapacité ouvre un boulevard à toutes sortes d'amateurs, voire des imposteurs, prêts à accepter des cachets ridicules pour pouvoir monter sur scène. C'est terrible, parce que ces mecs dégradent le métier. Les vrais talents sont noyés dans la médiocrité et le public se fatigue. Il finit par penser : Pourquoi dépenser de l'argent ? Autant rester chez soi et regarder la télé. Les clubs de ce type sont éphémères, mais quand le taulier ferme, c'est généralement pour céder sa licence à un taulier du même acabit.


Photo MW. Pospisil.

Sur scène, dis-tu, vous brisez la frontière qui sépare le groupe de son public. Vous entrez dans le public, vous l'explorez…
C'est essentiel. Je suis persuadé que tous les artistes rêvent d'avoir ce genre de communication avec leurs salles. La musique n'est pas la propriété d'une caste, d'une élite professionnelle. Elle n'est pas un produit à proprement parler. C'est un cadeau que tout le monde mérite. Nous éprouvons un immense plaisir à le recevoir et à le partager.

Jouez-vous parfois avec un autre son ?
Oui. Tous les soirs !

… Ou dans un autre registre que celui des musiques sudistes ?
Il n'y a pas de frontières, on est toujours au sud de quelque part. Ceci dit, je me produis en solo chaque semaine, et je donne effectivement des concerts plus intimes qu'avec Mudcat. Il y a quand même une constante : je veux voir les gens danser et être heureux.

Mudcat est un concept ?
Très éloquent, le coup du concept ! Mais le concept et le reste, tout arrive très naturellement. Je n'ai pas eu besoin de préméditer quoi que ce soit. Je n'ai qu'une ambition à défendre : jouer la musique que j'aime, quand je veux, où je veux. Nous sommes attentifs à chaque moment qui passe, nous devons être capables de réagir au coup par coup...


Photo MW. Pospisil.

Vos disques, c'est pour promouvoir vos passages sur scène ?
Bonne idée, nous allons faire des progrès avec des cours de stratégie comme ça ! Je ne demande qu'à apprendre.

… Pour photographier un moment de votre carrière ?
En fait, c'est plutôt comme ça que ça se passe.

Vous comptez réaliser une véritable carrière discographique ?
Bien sûr. Je suis toujours ravi de pousser la porte d'un studio.

Sur ce terrain-là, de quoi as-tu envie actuellement ?
Nous avons commencé à travailler sur des enregistrements live.

Quel est l'album dont tu es le plus fier ?
Kickin' Chicken.

La chanson ?
Santa Maria/San Marco

De quelle façon êtes-vous distribués en France et aux États-Unis ?
La Worldwide Musicmaker Relief Foundation se charge de distribuer notre CD dans les boutiques, par voie postale et via internet. Kickin' Chicken est aussi disponible sur Ipod. Nos autres CD sont vendus dans les magasins, sur nos concerts et sur notre site internet.


Photo MW. Pospisil.

En France la plupart des musiciens ont un statut, celui d'intermittent du spectacle. La réforme de ce statut en fait flipper plus d'un.
Je sais, c'est terrible. Aux États-Unis, ce genre de système n'existe pas. Il y a bien un syndicat qui regroupe les musiciens, mais il n'est pas d'un grand recours quand il s'agit d'épauler la carrière d'un chanteur qui se produit dans les clubs.

Exercez-vous ce métier comme une profession libérale ?
Oh que oui !

Label bleu
What can be more profound than our mortality ?

2003 fut instituée Année du blues. Quel sentiment cet événement t'inspire-t-il ?
Eh bien… que je n'ai pas remarqué de différence significative.

As-tu eu l'occasion de voir la série de films sur le blues, produits par Martin Scorsese ?
Oui, ce sont des films magnifiques. Grâce à cette initiative, un public plus large a pu apprécier ce genre de musique. Malheureusement les grands musiciens de Georgie, des deux Caroline, ne faisaient pas partie de l'affiche. Pauvres bluesmen du Piedmont !

Les bluesmen que tu apprécies particulièrement ?
Ouf ! Muddy, Wolf, John Lee, Elmore et Homesick James, Jimmy Rogers… Et aussi Freddy McDowell, Son House, Blind Willie McTell, Leadbelly, Curley Weaver, John Jackson, Jessie Fuller, Buddy Moss, Blind Willie Johnson, Blind Boy Fuller… Hank Williams, Bill Monroe, the Skillet Lickers, Johnny Cash, the Carter Family… Tellement d'autres ! Oh yeah, Ray Charles, Bob Marley, Otis Redding, Larry Williams, Little Richard, Aretha Franklin ! Et, tant qu'à faire, The Clash, les Stones, les Beatles, Jerry Lee Lewis, et… on va s'arrêter là !

As-tu, sinon des maîtres, du moins des modèles ?
J'admire Taj Mahal. Voilà un homme qui poursuit librement sa carrière. Un artiste libre aux mille expressions. Il visite des lieux magnifiques, et il sait les apprécier. Pas seulement à peine arrivé, hop ! déjà reparti. Taj Mahal sait prendre le temps de s'intéresser aux cultures locales. Je me sens proche aussi de gens comme Dickey Betts, Cora Mae Bryant, Cootie Stark, Frank Edwards, Willie King, Neal Pattman, Drink Small, Beverly Watkins, Eddie Tigner, John Ferguson…


Photo MW. Pospisil.

Quelque chose te manque au sein de Mudcat ?
Plus de temps pour la musique, moins pour le business.

Vous êtes impliqués dans la Music Maker Relief Foundation, qui s'occupe notamment d'aider les vieux bluesmen.
Nous aidons des musiciens âgés, en état de précarité. Ces musiciens ont forgé la musique du Sud, quel qu'en soit le style. L'aide de la Music Maker Relief Foundation prend différentes formes, soutien financier pour un niveau de vie plus décent, pour l'achat d'instruments, mais la Fondation intervient aussi pour faciliter l'enregistrement de disques, la production, la distribution, ou pour gérer un état d'urgence. Une bonne centaine d'artistes reçoivent un chèque chaque mois. D'autres reçoivent des instruments de musique. Ou une aide d'urgence. Ou profitent de notre studio d'enregistrement.

Où siège cette fondation ?
Nos bureaux se trouvent à Hillsboro, en Caroline du Nord. En fait, c'est le domicile de Tim Duffy et de son épouse. Nous avons là le matériel nécessaire pour enregistrer un artiste, et pour fabriquer un CD. Nous avons une chambre noire pour développer des photos… et même un grand potager. Nous proposons le Visiting Artist Program : un artiste peut venir séjourner un certain temps chez Tim Duffy, ça nous permet d'évaluer au mieux ses besoins, et de mesurer l'étendue de son potentiel.

Qui finance la Music Maker Relief Foundation ?
Des citoyens nous apportent leur soutien dans le monde entier. La Fondation reçoit également le soutien de nombreux philanthropes. Des gars comme BB King, Lou Reed, Eric Clapton, Pete Townsend, Levon Helm, etc.

Ses coordonnées sont…
Tim Duffy
4052 Summer ln. Hillsboro, NC 27278 USA
01.919.643.2456
tim@musicmaker.org
www.musicmaker.org


Photo : X.Caupenne

Photo : X.Caupenne

 

Quelle profession aurais-tu exercé si ça n'avait pas été la musique ?
Fermier. Ou prof.

Avec quel chanteur ou groupe aimerais-tu enregistrer, tourner ?
Los Gallos

Peux-tu nous citer UN album qui t'ait impressionné ?
Hooker'n'Heat… John Lee Hooker et Canned Heat, bien entendu.

UNE chanson ?
Let's Make It Pretty Baby.

LE groupe que tu préfères en dehors de Mudcat…
Le Muddy Waters Band des années 50.

LE concert de ta vie…
Taj Mahal en solo au Bottom Line de New York, en 1987. BB King et Miles Davis, ensemble, au Beacon Theatre, toujours à New York, toujours en 1987.

Ton film préféré…
To Have And Have Not. Humphrey Bogart et Lauren Bacall.

Réponds sans réfléchir. Si je te dis Europe ?
L'histoire. Gens adorables. Musique, art, architecture, nourriture, euh… géographie…

Jim Crow…
Une histoire triste et maintenant presque morte. Beaucoup de mes amis ont souffert de cette histoire-là.


Photo MW. Pospisil.

Elvis…
Talent puissant. Charismatique. Sa popularité a permis d'enfoncer ces barrières racistes, érigées par les maisons d'édition.

Dylan…
Un talent tout aussi puissant. Grand, grand poète. Maverick !

Violent Femmes…
Bonne instrumentation.

Cramps…
Oh, ces Cramps ! C'était l'un de mes groupes préférés quand j'étais adolescent. Aujourd'hui, je préfère entendre des messages un peu plus positifs !

Folk…
Musique pure, indigène d'une culture.

Punk…
C'est du blues.

Jazz…
Bonne vibration. Liberté. Souvent trop intello.

George W. Bush…
Choqué. Effrayé. Fâché. Triste.

Irak…
Horrible. Une violence n'est jamais justifiable. Elle se perpétue.


Photo : X.Caupenne

Photo MW. Pospisil.

 

Muddy…
Le père.

Vaudou…
Le pouvoir et la foi conjugués.

Superstar ?
Andrew Webber. Tim Rice.

Jubilation…
Nous tâchons de la pratiquer en tout ce que nous faisons !

Dextérité instrumentale…
The song is the boss, comme je te disais tout à l'heure.

Vous froissez les étiquettes…
Nous ne pouvons pas refuser, pour d'obscures raisons intellectuelles, de prendre en considération ce que notre imagination nous raconte. Et puis, à l'autre bout de la chaîne, ça donne à quelques personnes l'occasion de poser des questions… (Big smile !)

L'humour, le second degré…
Les messages sont souvent sincères, tu sais. J'espère surtout qu'ils donnent à réfléchir. Je me sens béni lorsque je peux partager. Plus tu donnes, plus tu reçois. Ceci dit, on ne peut pas toujours prendre la vie au premier degré, c'est à devenir fou !

N'est-il pas frustrant d'être perpétuellement captif du second degré ? Que fait-on alors quand on souhaite être pris au sérieux, quand on a envie de chanter un texte plus grave ?
Existe-t-il un sentiment plus profond que la conscience d'être mortel ? C'est une inspiration basique, et c'est la fenêtre de tir principale quand je compose une chanson. La vie est elle-même une fontaine d'ironie. Je n'aime pas entendre ces personnes, très sérieuses, toujours moroses, chanter des textes aux idées sombres. Je préfère mettre le public dans le coup. Le message de Mudcat est une célébration de la vie, et ce message est plus puissant quand il est dansé et chanté avec le public.

Et ce message, derrière le fun, est… ?
Aies de la compassion, apprécie la vie, fais l'amour.


INTERVIEW
Christian Casoni, avec le précieux concours de Katerina Böhmova
14 Juillet 2004
PHOTOS
Xavier Caupenne, Art Puces Café, octobre 2002 et avril 2003.
M. W. Pospisil, avril 2003, Jazz-Club Paris-Prague, Centre tchèque.
Tim Duffy pour la Cadillac en photo d'ouverture.

 

JOE BURTON, homme-trombone
" Mon trombone est plus grand que moi. Je fais beaucoup de choses que les autres joueurs ne songent même pas à faire. Non pas que je sois un enfant prodige, mais il m'a fallu beaucoup d'années pour apprendre de sortir ce que je ressens. Mon instrument, je l'expérimente, j'en repousse les limites, je veux savoir jusqu'au il peut aller. Mon jeu est tout sauf orthodoxe ! "

Burton a démarré en 1971 avec BB King. Il avait dix-neuf ans et restera avec le monolithe de Memphis jusqu'en 1977. Joe a rejoint Junior Wells en 1991 et l'a suivi jusqu'à sa mort (1996) en qualité de bandleader. On peut notamment l'entendre à l'œuvre sur l'album de Junior Wells, Live At Buddy Guy's Legends. Little Joe de Chicago a joué également avec Fats Domino, Bobby Womack, Joe Tex, et tourné avec Van Morrison.

 

Les dates de concerts de MUDCAT

OCTOBRE 2004

20/10 Espace Blues 21h30 - 16, rue Barbanègre, 75019 Paris, M° 7 - Corentin Cariou
21/10 Le Jam 21h00 - Ecole régionale de Jazz à Montpellier
22/10 Jazz sur son 31 21h00 - Festival Toulouse (Club 57, Bd. des Minimes)

NOVEMBRE 2004

10/11 James Café 21h00 - 2, route d’Heyriaux, 69780 Toussieu
11/11 Blue Night 23h30 - 8 rue Bichat, 01100 - Oyonnax , tél. : 04 74 73 89 93
12/11 Moulin de la Pipe 22h30 - 26400 Omblèze
14/11 Art Puce Café 18h00 - 17, rue de Plaisir, 93400 Saint Ouen
15/11 FIAP 20h00 - 30, rue Cabanis, 75014 Paris
16/11 Blues en VO 21h00 - Festival en Val d’Oise – Margency
18/11 Martin Pêcheur 21h00 - Nargis
19/11 Espace Blues 21h30 - 16, rue Barbanègre, 75019 Paris
20/11 Théâtre des 3 Vallées 21h00 - Parc de l’Hôtel de Ville, 91125 Palaiseau
24/11 FIAP 20h00 - 30, rue Cabanis, 75014 Paris
26/11 Jazz Club Centre tchèque 19h30 - 18, rue Bonaparte, 75006 Paris