Une exclusivité Blues Magazine 

INTERVIEW

BILL PERRY

Hôtel du Grand Turenne

21 Septembre 1999

 
 

 

Venu faire la promotion en France de son dernier album solo, enregistré live à New-York au Manny's Car Wash, Bill Perry était à Paris fin Septembre. Ce fut un plaisir de le rencontrer et de pouvoir discuter avec lui de la scène blues de New-York, de sa musique et de lui-même bien sûr... 

Blues Magazine :Tu n'es pas encore très connu en France. Peux tu te présenter un peu ?

Bill Perry : Je suis né à Rochester dans l'état de New-York. Ma grand-mère jouait du gospel à l'église et c'est elle qui m'a appris à jouer de la guitare. Mon grand-père, lui, avait beaucoup de disques de blues de Muddy Waters, Howlin' Wolf...C'est ce qui m'a incité à jouer du blues. 

Blues Magazine : Pourquoi le blues s'est imposé à toi en tant qu'expression musicale, plutôt que le rap, le funk ou le hip-hop, comme pour beaucoup de musiciens de ta génération ?

Bill Perry :Je crois que je suis influencé par quelques autres genres musicaux en dehors du blues : J'ajoute un peu de rock dans mon blues, un rythme un peu funky parfois. Mais j'essaie de rester toujours dans le blues. Cela m'a toujours paru naturel de jouer du blues.

Blues Magazine :A la fin des années 70, le blues n'était pas au mieux de sa forme. A l'aube du troisième millénaire, c'est une musique vivante et jouée dans la monde entier. Comment expliques tu cela ?

Bill Perry : Je crois que les débuts du blues ont commencés avec des types comme Robert Johnson. Après, Muddy Waters a électrifié le blues à Chicago. Et puis le british Blues, avec des types plus jeunes est arrivé. Il y a eu Jimmy Hendrix, Eric Clapton qui ont continué à faire évoluer le blues, tout en gardant des attaches au Blues traditionnel. Les gens écoutaient leur musique et pouvaient également retourner en arrière pour retrouver ce qui les influençait. Je crois que c'est grâce à ces évolutions que le Blues a pu continuer et, dans les années 70, il y a eu un manque d'évolution dans le blues.

Blues Magazine :Pour toi, Stevie Ray Vaughan a beaucoup aidé à relancer la machine ou est ce simplement dû au fait que les thèmes du Blues sont éternels et plus que jamais d'actualité ?

Bill Perry : Je crois que Stevie Ray Vaughan a fait beaucoup pour attirer des types plus jeunes vers le Blues. Maintenant, il y a Kenny Wayne Sheppard et Johny Lang qui jouent un Blues auquel je n'accroche pas trop, mais beaucoup de jeunes écoutent leur musique. Et, grâce à eux, il y a plus de monde qui vient à mes concerts, alors c'est bien ! C'est bien que grâce à des types comme ça, les jeunes qui les écoutent puissent retourner en arrière redécouvrir le Blues. C'est une bonne initiative qui que ce soit qui joue de la musique. Blues Magazine : Aux U.S.A., les scènes du blues les plus actives semblent être celles du Texas, de la Louisiane et de New-York. A quoi est dû, selon toi, le relatif déclin de Chicago et de la région du Delta ?

Bill Perry : Je crois que la raison pour laquelle les scènes de New-York et du Texas bougent plus c'est qu'il y a plus d'énergie dans les concerts et que les jeunes sont plus attirés. Ils peuvent écouter des trucs plus traditionnels, mais au début c'est plus difficile de commencer par ce côté. Peut-être que toutes les personnes qui fréquentent les scènes Blues de New-York ne redécouvrent pas les Blues authentiques, mais il y en a qui le font et écoutent Muddy Waters, Howlin' Wolf et Albert Collins. Je crois que c'est ce qui est en train de se passer. Je suis sûr que ça se passe comme ça ! <

Blues Magazine : New-York a été peu concerné par le Blues jusqu'au début des années 90. Aujourd'hui, elle est un vivier de jeunes talents auquel vous appartenez avec Popa Chubby et Steve Johnson. Pourquoi ce réveil soudain ?

Blues Magazine : Ton premier album "Love Scars" est très intimiste et essentiellement tourné vers un thème universel : l'amour et la fin de l'amour. Tu avais besoin d'exorciser un fantôme lorsque tu l'as écrit ?

Bill Perry : Non, ahah. Vous voyez, de toute ma vie, je n'ai pas piqué de voiture et je n'ai jamais vécu dans le Delta. Par contre, ma vie a été remplie de mauvaises relations avec les femmes. Alors, c'est ce que j'ai écrit. J'ai écrit ce qui m'est arrivé et c'est toujours des échecs, des échecs, des échecs avec les femmes. A chaque fois, ça finit mal. Ca marche bien pendant 7 ans et nous nous séparons. C'est arrivé à chaque fois. Tous les 7 ans, elles me disent : "Tire toi!". Alors, je prends mes 15 guitares et mes fringues et je m'en vais. 

Blues Magazine : c'est ta vie...

Blues Magazine :Tu es très proche de Johny Winter. Comment l'as tu rencontré ?

Bill Perry : Je jouais dans un club de blues à New-York, le Car Wash, et il m'y a rejoint pour jouer. C'est comme ça que je l'ai rencontré. 

Bill Perry : Il joue de nouveau en ce moment. Il va mieux maintenant. 

Blues Magazine : Comment s'effectue ton travail de composition ?

Bill Perry : D'habitude, je commence à jouer d'abord la base de la musique. Quand j'ai la musique je m'assoie et j'écris les paroles. Je m'enregistre sur un petit magnétophone à cassettes 4 pistes. Une fois que j'ai ce canevas, le groupe arrive chez moi, nous nous mettons à travailler et nous arrangeons tout ça. 

Blues Magazine : Tu travailles beaucoup la guitare ?

Bill Perry :Oui, je joue tous les jours. <

Bill Perry : Ma guitare préférée est ma Fender Telecaster de 1963, mais j'ai aussi une Les Paul sur laquelle j'aime jouer.

Blues Magazine : Sur disque comme sur scène tu reprends des morceaux de Robert Johnson. Que représente t-il pour toi ? >

Bill Perry : Il a été le premier joueur du Delta mais il a surtout écrit des chansons magnifiques. Les paroles sont magnifiques et la musique est magnifique. Je voulais juste lui rendre hommage, alors j'ai repris "Come on in my kitchen". Je crois que sa musique est intemporelle. 

Blues Magazine :A quoi attribues tu le mythe qu'il est devenu pour les musiciens de blues et de rock ?

Bill Perry : Parce que sa musique est très colorée et on peut y entendre beaucoup de styles différents. Ce n'est pas uniforme. "Come on in my kitchen" est très différent de "Rambling on my mind". "Sweet Home Chicago" c'est encore autre chose. 

Blues Magazine : Beaucoup de ses chansons ainsi que celles de nombres de ses contemporains sont empruntés de côtés mystiques qui semblent avoir presque disparu aujourd'hui. Pourquoi cette disparition ?

Bill Perry : A cause du whisky de contrebande ! On n'en boit plus maintenant... Les Bluesmen maintenant sont différents parce qu'ils tirent des enseignements du passé. Robert Johnson n'a pas enregistré beaucoup de chansons et c'est dû au whisky et aux femmes. Jimmy Hendrix n'a pas pu enregistrer énormément parce qu'il était livré à la drogue. Je crois que les bluesmen des années 90, lorsqu'ils regardent ces événements passés, ne veulent pas que ça leur arrive. Moi, je veux jouer et pouvoir donner des concerts à 70 ans. Je veux pouvoir vieillir. Je jouerais peut-être le mieux de la guitare à 65 ans, alors je veux voir ça.

Blues Magazine : Penses tu, comme BB King ou Muddy Waters, que tout le monde peut jouer du Blues pourvu qu'il soit sincère ou que seuls les afro-américains peuvent en jouer, compte tenu de leur histoire ?

Bill Perry : N'importe qui, qui a souffert ou qui veut exprimer ses sentiments, peut jouer de la musique. La couleur de peau n'a pas d'importance. Peut-être que si vous avez 20 millions de dollars à la banque ce sera plus difficile de jouer le Blues...Quoique, si, c'est sûrement possible de jouer le blues même avec 20 millions à la banque. Mais la couleur est sans importance, mon ami Tino Gonzales, qui est hispanique, joue un super blues. N'importe qui peut en jouer si il le veut vraiment, le tout c'est d'avoir quelque chose à exprimer. 

Blues Magazine : Quel est ton meilleur souvenir sur scène ?

Bill Perry : Lorsque j'ai joué aux WC Handy Awards, à Memphis, j'ai joué avec Luther Allison et ça n'était pas prévu. Je n'était pas au courant, il est arrivé et est monté sur scène pour jouer. C'était génial. 

Blues Magazine : Et quel a été le pire souvenir ?

Bill Perry : Ahahah, je ne m'en rappelle pas un seul. Je n'ai jamais eu de mauvais souvenirs sur scène. 

Blues Magazine : En France, la scène blues connaît une grande effervescence depuis 4 ou 5 ans. Tu la connais un peu ?

Bill Perry : Non, je ne la connais pas trop, même si, il y a deux mois, j'ai fait une tournée Française qui m'a plu. 

Blues Magazine : Quand viendras-tu te produire sur scène à Paris ? Lors de ton dernier passage nous sommes resté sur notre faim.

Bill Perry : En Janvier, je commence une tournée Européenne et je serais en France sans doute en Mars prochain. Il est aussi possible que je donne des concerts en France dès Novembre en première partie de Ben Harper. Ben Harper, c'est un autre style de musique mais on devrait bien s'éclater. C'est en cours de négociation pour le moment. 

Blues Magazine :Dernière question, comment vois tu le blues en l'an 2000 ?

Bill Perry : Je crois qu'on va encore se taper du bon temps. Ca va être bien et avec tous ces musiciens de plus en plus jeunes le Blues va survivre. Ce sont les jeunes qui achètent les disques. Je ne vais pas chez mon disquaire toutes les semaines pour acheter un disque, mais mon fils de 18 ans le fait. Toutes les semaines, il va s'acheter de nouveaux disques. Oui, ce sera bien.  

Propos recueillis à l'Hôtel du Grand Turenne, le 21 Septembre 1999, par Patrick Guillemin, Christian Le Morvan et Michaël M.  

Si j'étais de Bill Perry 
Une chanson:Sweet Home Chicago
Un musicien: BB King, comme ça, je gagnerais plein d'argent
Un instrument de musique: La Fender Telecaster de 1957
Un événement: Woodstock
une ville:Memphis
Une personne célèbre: Richard Branson, le type qui possède tout
Une oeuvre d'art: Une oeuvre de Jean-Michel Basquiat
Un animal: Un lapin, pour baiser tout le temps
Une qualité: J'ai une bonne descente pour l'eau minérale<
Un défaut: Une mauvaise descente pour l'eau<