Une exclusivité Blues Magazine 

INTERVIEW

LUCKY PETERSON

Théâtre de Rueil Malmaison

11 Mai 1999

 

Blues Magazine : Bonjour Lucky, je me souviens lorsque je t’ai vu pour la première fois : c’était à Manhattan, New York, en 1994 dans un club du nom de Tramps. Tu t’en rappelles ? Tu avais rencontré mon ami Patrick, l’après-midi chez JR Music, un magasin de disques de la ville. C’est pour cela que nous sommes venus te voir le soir même en concert.

Lucky Peterson : Ho, je me souviens. J’aime beaucoup cet endroit. Cette boite est géniale. J'y suis resté deux soirs.

Blues Magazine : Comment vas tu ce soir ? Tu as l'air heureux d'être là ? Ai-je raison ?<

Lucky Peterson : Ho ouais ! Je viens juste d'être papa. Elle a tout juste cinq jours !

Blues Magazine : Vraiment, félicitations Lucky à toi et ta femme.

Lucky Peterson : Merci. Tu sais, elle a juste cinq jours et c'est beaucoup d'occupations.

Blues Magazine : Ouais, je sais, j’ai trois enfants.

Lucky Peterson : Et moi, j’en ai quatre : trois garçons et une fille maintenant. Ouais, c'est génial !

Blues Magazine : Comment s’appellent ils ?

Lucky Peterson : Ils se prénomment : Keth, Tamaron, Jamon et le bébé c'est Lucky !

Blues Magazine : C’est comme toi ?

Lucky Peterson : Oui, comme moi ! (grand sourire)

Blues Magazine : Ho, c'est bien ! Nous voudrions te remercier d'avoir accepté de répondre à nos questions. Alors commençons maintenant ! De quelle manière as-tu découvert le Blues ?

Lucky Peterson : Je suis né dedans. Mon père est un musicien de Blues.

Blues Magazine : Où es-tu né?

Lucky Peterson : Je suis de Buffalo dans l’état de New-York.

Blues Magazine : A quel âge as-tu commencé à jouer de la musique?

Lucky Peterson : J’ai joué du Blues

Blues Magazine : Toute ta vie ?

Lucky Peterson : Ouais, 32 ans, oui toute ma vie j'ai joué du Blues.

Blues Magazine : Oui, tu es né dedans.

Lucky Peterson : Ho, oui !!! (sourire)

Blues Magazine : Mais est-ce que tes parents ton influencé ou aidé ?

Lucky Peterson : Oui.

Blues Magazine : Est-ce que ta mère est aussi musicienne ?

Lucky Peterson : Non, c'est simplement mon père qui est musicien.

Blues Magazine : De quel instrument joue-t-il ?

Lucky Peterson : De la guitare.

Blues Magazine : Il joue du Blues à la guitare ?

<Lucky Peterson : Oui, de la 'Blues Guitar'.

Blues Magazine : Joue-t-il dans un club ou autre part ?

Lucky Peterson : Mon père a un club de Blues. Il a son propre club. Là-bas, il y a amené ses amis comme Hopkins, Jimy Reed, Muddy Waters,
Buddy Guy, Fawson….beaucoup de Bluesmen.

Blues Magazine : Ils jouent entre copains ?

Lucky Peterson : Ho ouais !Blues Magazine : Pourquoi avoir choisi le Blues alors que ta génération s'est plutôt tournée vers le Funk, le Hip-Hop, ou le Rap ?

Lucky Peterson : Comme je te l'ai dit, je suis né dans le Blues. Alors tu sais, je n'avais pas d'autre choix. Tu sais, toute ma vie le Blues a été présent. Je connais le Hip-Hop car c'est de ma génération, mais il n'y a aucune autre musique que je connaisse mieux que le Blues.

Blues Magazine : Le Funk est tout de même présent dans ta musique. Qu'est-ce qui a fait que cela t'ai marqué à ce point ?

Lucky Peterson : J'aime le Funk. J'aime Prince, Donna Summer, James Brown,. .Bussy…

Blues Magazine : Alors tu fais des mélanges des musiques que tu aimes ?

Lucky Peterson : Oui., exactement !

Blues Magazine : Comptes-tu un jour t'exprimer musicalement dans un ou plusieurs de ces styles ?

Lucky Peterson : Je vais continuer à faire du Blues et y rajouter quelques arrangements à ma façon. Je veux que le Blues reste vivant.

Blues Magazine : Comment composes-tu ? Tu commences par les mots ou la musique ?

Lucky Peterson : Je commence par la musique.

Blues Magazine : Et après la musique tu mets tout de suite les mots ?

Lucky Peterson : Tout juste, après la musique les mots arrivent.

Blues Magazine : Mais quand fais-tu cela ? Durant la journée, la nuit ou peut-être dans tes rêves ?

Lucky Peterson : Je compose pendant mes rêves mais aussi la journée ou la nuit. Tout dépend de mon humeur.

Blues Magazine : Sur ton dernier album, tu reprends un titre de Tony Joe White. Pourquoi as-tu eu envie de l'enregistrer ?

Lucky Peterson : Ho, 'The Billy Joe'. Mon père avait l'habitude de me chanter cette chanson quand j'étais petit. Je me rappelle très bien de cette chanson. Mon père me l'a chanté très très très souvent.

Blues Magazine : Toujours dans ton dernier album, tu rends hommage à Luther Allison (qui était le parrain de Blues Mag).

Lucky Peterson : The Tribute Allison' oui.

Blues Magazine : Qu'as-tu ressenti après sa tragique mort ?

Lucky Peterson : Je me suis senti très mal car nous avions perdu un autre Bluesman. Un grand Magicien.

Blues Magazine : Qui était-il pour toi ?

Lucky Peterson : C'était un Mentor. Un des meilleurs.>

Blues Magazine : N ' as-tu jamais songé à t'expatrier comme lui en France ou en Europe ?

Lucky Peterson : Non.Blues Magazine : Tu te plaît où tu vis ?

Lucky Peterson : Ho oui ! (sourire)

Blues Magazine : Alors, dis-nous où tu vis ?

Lucky Peterson : Je vis au Texas à Dallas.Blues Magazine : Alors tu as peut-être un ranch et un chapeau ?

Lucky Peterson : (sourire) Je n'ai pas de ranch, j'ai une maison. Mais si je n'ai pas le ranch par contre j'ai le chapeau (rire).Blues Magazine : Comment vois-tu les rapports entre communautés, aujourd'hui aux Etats Unis ?

Lucky Peterson : J'ai de bons rapports avec tout le monde. Tout est parfait. Je n'ai pas de problèmes. Il n y a pas de problèmes.

Blues Magazine : Penses-tu que le gouvernement fait des efforts là dessus ?

Lucky Peterson : Je l'espère.

Blues Magazine : De ton point de vue la musique et, plus particulièrement le Blues, peut-elle œuvrer à un rapprochement entre les communautés ?

Lucky Peterson : Ouais, Musique, le Blues ou toute autre musique aide les gens à s'unir, se comprendre mieux. Tu sais la musique rend les gens heureux. On a la plus vertigineuse musique au monde.

Blues Magazine : Que penses-tu du climat de violence qui règne aux USA ?

Lucky Peterson : Il y a de la violence partout dans le monde, pas seulement dans mon pays.

Blues Magazine : Oui, mais c'est tout de même très facile d'acheter un arme en Amérique ?

Lucky Peterson : Ouais, ouais c'est aussi très facile d'acheter un couteau. par ici.

Blues Magazine : C'est vrai la violence arrive aussi dans notre pays.

Lucky Peterson : Alors tu sais, la violence est partout. La mort est démoniaque. Il ne suffit pas d'être aux Etats Unis pour être attaqué. Je pourrai être n'importe où. On pourrait m'attaquer dans le Sud de la France.

bBlues Magazine : T'es tu déjà fait agressé dans le Sud de la France?

Lucky Peterson : Ho non, ça ne m'ai jamais arrivé de toute ma vie.

Blues Magazine : Ha c'est bien

<Lucky Peterson : Oui c'est très bien

Blues Magazine : Est-ce que tu penses que les afro-américains ont laissé tomber le Blues ?

Lucky Peterson : Je ne pense pas qu'ils aient laissé tomber le Blues. Je pense que le Blues leur a été pris. Tu sais nous n'avons jamais rien laissé tomber et encore moins le Blues.

Blues Magazine : Mais il y a tout de même plus de 'White man Blues' maintenant.

Lucky Peterson : Oui mais c'est politique.

Blues Magazine : Politique ?

Lucky Peterson : Tu sais tout ce que nous donnons on nous le prend. C'est ça la mort. tu sais, on offre et se fait voler.

Blues Magazine : En Europe, nous avons un peu l'impression qu'au début des années 80, Stevie Ray Vaughan a porté (en quelque sorte) le Blues sur ses épaules, tant celui ci semblait voué à disparaître. Vois-tu les choses comme cela, ou bien, existait-il une scène et un public pour le Blues?

Lucky Peterson : Ouais, il a aidé le Blues à avoir une deuxième vie. Mais que dire de la mort de tous ceux qui ont mis le Blues en dehors des sentiers perdus dont il a pût mettre à profit, s'inspirer. Ca a été ça. C'était politique. Il a aidé le Blues à avoir une seconde vie, oui, il l'a fait. Mais le Blues ne s'est jamais ranimé de nulle part.. Ils ont eu besoin du Blues parce que c'était quelque chose qu'ils voulaient. C'était juste une question de couleur de peau.

Blues Magazine : La scène Blues en France bouge beaucoup à l'heure actuelle. La connais-tu un peu ? Qu'en penses-tu ?

Lucky Peterson : Le Blues en France ? Je pense que c'est grandiose, vraiment toutes les personnes que je connais aiment le Blues en France ou aux Etats Unis. Le Blues est universel.

Blues Magazine : Peux tu nous raconter ta première rencontre avec BB King ?

Lucky Peterson : Ouais, la première fois que j'ai rencontré BB King j'étais aux States. Je travaillais avec Barby Blue lorsque je l'ai rencontré pour la première fois. Ouais à ce moment là j'étais un gars assez triste. Et j'ai rencontré BB King avec Barby Blue dans un club de Jazz dans le bas du Mississippi.

Blues Magazine : Quel genre d'homme est-il ?

Lucky Peterson : C’est un très grand homme. Un homme très sympathique. Un charmant Gentleman. Il est très grand.

Blues Magazine : Sur quelle guitare joues-tu le plus souvent ?

Lucky Peterson : Ma 3,35.

Blues Magazine : Qui a influencé ton jeu ?

Lucky Peterson : BB King, Freddy King, Milton, Buddy Guy.

Blues Magazine : Avec qui as-tu aimé jouer du Blues ?

Lucky Peterson : J'ai adoré jouer avec mon père, Junior Wells, Little Milton, avec beaucoup de Bluesmen.

Blues Magazine : Avec qui aimerais-tu jouer du Blues ?

Lucky Peterson : N'importe qui voulant jouer du Blues.

Blues Magazine : Merci beaucoup Lucky pour ces réponses. Passes du bon temps en France.

Propos recueillis par Béatrice Chiocchia

Si j'étais>

Personne célèbre : moi

Oeuvre : je ne sais pas, j'aime bien Michel - Ange

Instrument : une guitare

Animal : moi (sourire), car je suis un animal maintenant

Ville : une magnifique chaleureuse ville (rire)

Musicien : moi

Qualité : être bon et attentif