Une exclusivité Blues Magazine 

INTERVIEW

TOMMY CASTRO

FESTIVAL DE SALAISE

9 Avril 1999

 

Blues Magazine : Tommy, après toutes Ces années passées à jouer avec de nombreuses formations, telles que Dynatone, Warner ou le Tommy Castro Band, peux-tu revenir en arrière et nous dire comment tout a commencé ?

Tommy Castro: Pour faire court, disons que j'ai voulu faire de la musique étant jeune, mais juste pour le plaisir. Ce n'est que plus tard que j'ai pensé pouvoir en vivre, lorsque j'ai réalisé que c était la seule chose que je savais faire correctement! Je me suis dit : «Voilà peut-être la raison pour laquelle je suis là». C'est ainsi qu'a commencé ma carrière professionnelle, avec des groupes de la baie de San Francisco, écumant les petits clubs, ou occasionnellement en ouvrant pour de plus grands noms. Ensuite, j'ai déménagé de ma ville natale de San José, California, pour la ville de San Francisco elle-même, où j'ai pu rencontrer beaucoup de musiciens dans le quartier de la « Plage Nord », qui concentrent énormément de petits clubs de Blues. C'est dans l'un de ces petits clubs que les Dynatones, grand groupe de Soul - Blues, sont venus me chercher pour partir en tournée avec eux. Peu après, je me suis dit que le temps passait et que le moment était venu de créer mon propre groupe : et me voilà.

Blues Magazine : Qui t'a donné envie de devenir musicien ?

Tommy Castro : J'ai eu énormément d'influences, à commencer par mon frère, de 6 ans mon aîné, qui m'a appris à jouer de la guitare. Lui a arrêté, alors que j'ai continué. Ensuite sont venus Mike Bloomfield, Eric Clapton, le Blues revival des années soixante. C'est aussi en écoutant du Rock à la radio, qui diffusait alors les Rolling Stones ou Led Zeppelin, que j'ai voulu découvrir les origines de cette musique : c'est ainsi que je suis tombé sur B.B. King, Muddy Waters,... Puis vint ma période Soul, avec le Memphis Sound et ses formidables chanteurs. Voilà la recette de base de ma musique : Soul de Memphis et Blues traditionnel, le tout relevé d'une pointe de Rock'n Roll.

Blues Magazine : Comment écris-tu tes chansons ? Ecris-tu beaucoup ?

Tommy Castro: Disons que je n'ai pas de problèmes pour avoir suffisamment de titres lorsque je veux faire un album. Mes chansons me sont dictées par ma propre vie ou celle des gens que j'observe. Il est très rares qu'elles soient de pure fiction. Une idée me vient, généralement sous la forme de bouts de phrases (par exemple «Right as Rain » ou «You can't keep a good man down »), et j'essaie ensuite de développer l'histoire que je veux raconter à partir de ces bribes. Ce n'est qu'ensuite que vient la musique, et là je prends tout simplement celle qui s'accorde le mieux avec les paroles précédemment écrites. Je suis aussi partisan d'une écriture plus collégiale : par exemple, beaucoup des idées mélodiques de « If I had a nickel » viennent de mon saxophoniste, Keith Crossan, alors que notre nouveau batteur, Billy Lewis, a co-écrit avec moi le titre « Lucky in love ». J'ai en fait énormément de possibilités pour composer une chanson.Blues Magazine : Sur ton dernier album, ta guitare est moins mise en avant, comme si elle était plus au service de la chanson elle-même.

Tommy Castro: C'est tout à fait vrai : ma musique n'est pas concentrée autour de la guitare. Je ne fais pas des albums de guitariste, mais des chansons qui ne peuvent pas tourner sans l'apport d'un groupe complet.

Blues Magazine : Est-ce ce que l'on pourrait appeler la maturité ?

Tommy Castro : Je l'espère sincèrement ! Personnellement, j'en ai de plus en plus marre d'entendre des tonnes et des tonnes de chorus de guitare et je préfère me concentrer sur la qualité globale de la chanson et son rendu en groupe. Ma guitare en est un élément nécessaire, mais pas suffisant.

Blues Magazine : Par contre, ta voix prend de plus en plus d'importance dans tes chansons. As-tu spécifiquement travaillé l'aspect vocal ?

Tommy Castro : Absolument, et ce dès l'écriture des morceaux : je me suis attaché à n'écrire que des chansons que je pourrais ensuite bien chanter. Par le passé, j'ai souvent du transposer mes chansons dans de multiples tonalités jusqu'à trouver celle qui conviendrait le mieux à ma tessiture vocale, mais c'était trop de travail. En tout cas, merci de l'avoir remarqué.

Blues Magazine : Ta musique est très Soul à présent. Hormis tes influences, était ce une envie délibérée pour cet album ?

Tommy Castro: Disons que c'est une envie que j'ai toujours eue, mais qu'à l'époque je me concentrais surtout sur l'aspect Blues - Rock de ma musique. Il y a un marché pour le Blues Rock et je pense que peut-être, pour mes 2 premiers albums, j'ai essayé de rentrer dans ce cadre là. Cette fois ci, je me suis dit que j'allais faire ce dont j'avais vraiment envie : une ballade Soul avec très peu de guitare ? Pourquoi pas ? Je fais à présent ce qui est bon pour moi, et non pas forcément ce que réclame le business.

Blues Magazine : Comment s'est constitué ton groupe actuel ?

Tommy Castro: Randy Mc Donald, le bassiste, est celui que je connais depuis le plus longtemps car nous jouions ensemble au sein des Dynatones. Son jeu s'accorde très bien avec le mien : il est extrêmement solide et ne cesse de s'améliorer. J'ai rencontré Keith Crossan à l'époque où j'avais de petits groupes et ne pouvais me permettre d'engager un clavier, un harmoniciste, un saxophoniste. Keith fut l'homme de la situation. En plus d'être un très bon soutien rythmique, il chorusse fabuleusement et compose également. Je joue avec Billy Lewis depuis un an seulement, mais on. ne peut pas dire que ce soit vraiment un membre nouveau du groupe car Randy et Keith ont tous deux travaillés avec lui par le passé: c'est le top des batteurs de studio de San Francisco

Blues Magazine : Comment as-tu rencontré Dr John et comment avez-vous décidé de travailler ensemble ?

Tommy Castro : J'ai entendu dire qu'il allait jouer près de chez moi, dans la baie de San Francisco. Sautant sur l'occasion, nous sommes allés le voir pour lui demander d'enregistrer avec nous. Il a dit oui, et voilà ! Ce fut une expérience formidable pour moi, car je suis l'un de ses fans depuis plus de 25 ans : le voir rentrer si humble et gentil dans le même studio que moi ! Je ne te parle même pas du moment où il s'est assis au piano et a commencé à jouer : laisses tomber, tu ne peux pas trouver mieux.

Blues Magazine : Quelles impressions te donnent le public français ?

Tommy Castro : J'ai joué hier soir au New Morning pour la 3ème fois de ma carrière. La salle était comble et nous avons fait 3 rappels. Le public était vraiment chauffé à blanc. Nous sommes venus plusieurs fois à Paris, et l'on s'y sent un peu comme à la maison grâce aux nombreux amis que nous nous sommes fait ici et grâce aux gens de notre label, Dixiefrog, qui font vraiment tout pour que nous ayons le meilleur accueil possible. Un public très accueillant, à boire et à manger, des femmes superbes (que je me contente de regarder car je suis marié) j'adore la France.

Blues Magazine : Tu as reçu aux USA de nombreuses récompenses telles que celle du Meilleur Artiste de Blues, qui compte à son actif des noms aussi prestigieux que B.B. King et Carlos Santana. Quelle importance accordes-tu à cette reconnaissance ?

Tommy Castro : Disons que cela me donne surtout l'impression que je vais pouvoir continuer à faire ce métier longtemps et me permet de me faire accepter plus facilement par des gens que je respecte beaucoup. Ces récompenses me confortent dans l'idée que ce que fais est juste. Tant mieux, car que pourrais-je faire d'autre ! (rires)Blues Magazine: Quel avenir pour le blues?

Tommy Castro : Disons que beaucoup des plus grands ne sont malheureusement plus parmi nous et le Blues est en perpétuelle évolution. De nouveaux talents surgissent, mais nous perdons le «vieux son». Je ne dis pas que c'est une bonne ou une mauvaise chose : c'est juste une réalité. Mais tous ces sons du passé me manquent et c'est pourquoi j'essaye de les perpétuer, pour ce qui du son Soul tout du moins, car des gens comme Duke Robillard s'occupent déjà très bien du son du Blues traditionnel.

Blues Magazine : Quels sont tes projets ?

Tommy Castro : J'ai encore beaucoup de promotion à faire pour « Right as Rain », qui n'est sorti qu'en Février et c'est largement suffisant pour m'occuper à temps plein. Nous allons beaucoup tourner et les gens que je vais rencontrer, les expériences que je vais vivre lors de tous ces voyages vont, je l'espère, me permettre de faire ce que je fais déjà, mais en mieux.

Blues Magazine : Un petit mot pour nos lecteurs?>

Tommy Castro : Oui : bougez, ne restez pas chez vous. Il y tellement de talents à découvrir dans tous les clubs, que ce soit à Paris ou à San Francisco, tant d'expériences qui valent la peine d'être vécues. J'ai beaucoup de regrets de ne pas avoir pu voir en live des artistes que j'adorais. Ne faites pas la même erreur. 

Propos recueillis Emmanuel Roze. Traduction Julien Sanchez