CEUX D'ICI

Une exclusivité Blues Magazine


 

BOURBON STREET,
swing de Limoges

 

Benoit Ribière, Cyril Menet, Sébastien Mendez, Éric Vacherat, et Joël Arnaud

Rue Bourbon, Limoges City

Cognac, juillet 2003. Un inconnu fait circuler un CD gravé par son groupe. Live at Grand Zanzibar. Zanzibar… le club historique de Chicago ? Penses-tu !
Bourbon Street Blues Band. Dix ans de route, plus cinq cents concerts et moins de trois albums au compteur, dont ce live enregistré fin 2001.

Le quatuor navigue dans la trentaine. Enfin, quatuor… Comme les trois mousquetaires étaient quatre, les quatre de la rue Bourbon sont cinq.
Éric Vacherat chante et gratte. Gibson 335 sur ampli Fender Vibroluxe.
Cyril Menet gratte et gratte. Stratocaster sur ampli Blues de Ville.
Joël Arnaud basse sa Fender Precision, amarrée à un ampli Gallien Kruger.
Sébastien Mendez bat les gamelles de sa Sonor.
Et, derrière eux, l'orgue Hammond de Benoît Ribière fait occasionnellement vibrer la rue Bourbon de ses miroitements d'or sombre, attise la machine, qu'elle s'emballe en gerbe d'étincelles (Roll'em Pete) ou se tapisse dans la braise en rougeoyant (Railroad Station Blues).

Live at Grand Zanzibar

Le goût des autres
Dites donc, Bourbon Street, la jaquette de votre CD fait davantage penser à Stalingrad qu'à la Nouvelle-Orléans, non ? Il fallait aller vite, nous avons uniformisé.
À l'écoute du disque, on pense un peu à BB Blues Shacks, un peu aux Hoodoomen… et aussi pas mal à Bourbon Street, figurez-vous. Le groupe réinterprète au pas de charge des titres d'Elmore James, Robert Nighthawks, Jimmy Reed, certes, mais aussi de Big Joe Turner, de BB King et de Dave Bartholomew (compère de Fats Domino et roi auto-couronné du big beat). L'orgue harmonise toutes ces lumières, les fait rayonner, trace un horizon cohérent dans une confortable respiration jazzy.
Au Grand Zanzibar, un seul titre signé Bourbon Street : l'instrumental Bourbon Street Stomp, qu'on croirait servi par Hubert Sumlin dès les premières notes de la guitare.

Benoit Ribière
Cyril Menet
Eric Vacherat

It hurts me too
La voix d'Éric ne porte pas le grain d'une voix noire, mais elle est souple et sa diction, claire et accueillante. Les qualités instrumentales des musiciens sont unanimement louées par la presse, lorsqu'elle rend compte de leurs prestations scéniques et discographiques. Section rythmique discrète et impeccable, et lead guitare bronzée par l'expérience. Le soliste sait ajourer ses chorus de ponctuations pertinentes. En un mot, le swing. Les quatre de Bourbon Street ont du métier, et ça s'entend. C'est d'ailleurs sûrement par le métier qu'on cesse de jouer au bluesman pour en devenir un.
La dernière chanson de l'album, une version magnifique de It hurts me too (une voix, deux guitares) semble venir d'ailleurs, mais on me certifie qu'elle a bien été capturée live durant la soirée du Zanzibar. Par ailleurs, si I've got paper on you baby s'éteint comme une chanson de studio, dans un fondu au noir (fading), c'est parce que le groupe voulait la tailler au format radio. Leur unique (et inoffensive) concession faite à la réalité du concert.

Live at Grand Zanzibar a été enregistré au Studio Ouï-Dire de Limoges, piloté par Dominique Boos. Lors de nos premiers concerts, [Dominique] nous avait proposé un enregistrement. Il nous a semblé bien, pour ce deuxième album, de retravailler ensemble.

Rosbif cuit bleu
Des compositions personnelles parfois ? Oui, mais en anglais et toujours inspirées par des sujets de vie. Même dans les covers, le contenu du texte doit pouvoir se transposer dans un contexte contemporain. Et ils ajoutent : Dans un souci d'unité, le groupe a choisi la langue anglaise depuis sept ans mais, ceci posé, certains parviennent à faire sonner le blues en français et ça fait envie.
D'ailleurs l'appellation Bourbon Street a été choisie pour conserver une french touch. Ce nom exprime une certaine variété de styles et de palettes sonores.

Ascendants de Bourbon Street : le country blues, le Chicago blues (50% du répertoire), le Texas blues et le West Coast blues… Le blues noir en somme… Attention ! Bourbon Street ne souhaite pas être présenté comme un orchestre de jump : Ce style représente actuellement deux à trois chansons par concerts.

Un peu d'encre
Quand elle évoque le Live at Grand Zanzibar, deuxième album du groupe, la presse blues est unanime. Ce détail méritait d'être souligné, même si la presse blues en France (et ailleurs) est loin de rivaliser avec l'empire Citizen Kane.
Blues & Co (n°22) décerne à l'album six étoiles.
Même constellation du côté de Blues Feelings (n°20) : Ce live est un vrai live, pas de ceux qu'on manipule, genre j'enlève ce qui n'est pas bon pour laisser le reste, non !
Riff Magazine présente une entité à part, un groupe composé de vrais dingues de blues.
Seul André Perronet tente une timide réserve dans les colonne de Blues Magazine : Un petit bémol, dans l'album live on cherche le public et c'est dommage. Bah ! Pas de quoi s'attirer un duel non plus.

Lounge
Certains soirs, le Grand Zanzibar transpire l'ambiance de son glorieux homonyme, le lounge chicagoan. Au Grand Zanzibar, le juke-joint le plus célèbre de tout le Limousin (Riff Magazine n°5), sont programmés des orchestres de jazz, de blues, de reggae ou de… chansons. Le club a fermé voici deux ans ; il a rouvert en septembre 2003.
Souvenirs de voyages outre-Atlantique, fascinés par le blues live depuis leur adolescence (notamment un soir où Eddie Burns et Little Joe Blue tenaient la scène du Hot Club de Limoges), les Bourbon Street tentent à présent de reproduire chez nous, l'ambiance d'un club américain, d'où le besoin de faire participer le public aux concerts. Trop de bons groupes laissent tomber ce côté qui, pourtant, se justifie et est essentiel en public. On comprend mieux le bémol d'André Perronet, qui regrettait tout à l'heure que l'atmosphère du Grand Zanzibar (on la devine très chaude) n'habille pas les morceaux de l'album.

 

Racines élastiques

Deux soleils et demi
Bourbon Street s'ancre profondément dans sa région. Bourbon Street, on vous aime !!! C'est ainsi que sont accueillis nos cinq régionaux (Les Nuits du blues de Fresselines, 9e édition, août 2001). Mais leurs crampons sont élastiques, et cet enracinement n'empêche pas le groupe de tourner dans toute la France (particulièrement dans la moitié septentrionale de l'Hexagone).
Bourbon Street existe depuis 1993. Le groupe a vécu une longue éclipse d'un an et demi, après le décès accidentel de Florent Millière, le batteur initial.
Live at Grand Zanzibar est d'ailleurs dédié à Florent.

Du métier et des kilomètres, ils en ont dans les jarrets. Bourbon Street totalise en effet plus de cinq cents concerts… mais un nombre très mesuré de CD. Il faut croire que le blues trouve mieux sa raison d'être sur scène qu'en studio.

En 1996-1997, le groupe publie son premier album, Case of Blues.
En 1998, il sort un mini CD cinq-titres, Live and Blues.
Fin 2001, c'est donc leur Live at Grand Zanzibar.

Slow Business…
Leurs ventes s'effectuent in situ sur les concerts, chez les disquaires, en dépôts-ventes et ventes personnelles en auto-distribution. Elles gravitent autour de trois cents exemplaires par an. Oui, cette musique est difficile à diffuser, mais nous sommes habitués.

Les Bourbon Street s'autoproduisent. Ils n'ont ni label ni producteur.
Leur nouvel album pourrait cependant faire exception à la règle, être gravé sous la conduite d'un producteur et dans le giron d'un label. Le groupe compte placer un piano sur quelques morceaux, et étoffer le répertoire de quelques chansons acoustiques. probablement intitulé Handful of Blues, il sera présenté sous le nom de Bourbon Street feat Catfish Slim, car deux à trois formations connues utilisent déjà ce nom, ou une partie.

Bourbon Street feat Catfish Slim
Cette nouvelle œuvre devrait sortir fin 2003, à moins que la réforme du statut intermittent n'en décide autrement. Car les Bourbon Street sont intermittents du spectacle, ce qui nous permet de compléter nos cachets pour obtenir un salaire mensuel. Les changements proposés [par la réforme du statut] risquent de nous faire disparaître. Il nous arrive d'avoir des mois creux et les cachets sont parfois insuffisants.

Blues Magazine espère qu'au moins cette présentation ne sonnera pas comme un requiem le jour de sa parution. Qu'elle devienne ce qu'elle veut, la scène française du blues, sauf un cimetière. The show must go off ? Jamais de la vie.

Comme le conseillent nos confrères chaque fois qu'ils commentent un CD de Bourbon Street, nous vous recommandons d'ores et déjà l'emplette de Handful of Blues. Il y a peu de risque que vous soyez déçus. (Si, par un hasard très improbable, ce devait être le cas, Blues Magazine ne vous rembourserait rien du tout, n'insistez pas.)

Ni trop roots, ni trop produit…
Concernant le travail en studio, les Limousins ne défendent aucun a priori, entre l'enregistrement live (façon brut de décoffiot) et la mise à contribution de machines plus raffinées. Le groupe préfère jouer live en studio, sans écarter toutefois les possibilités actuelles. Il opte pour une couleur ni trop roots ni trop produit, disent-ils.

Ayant assisté à leur prestation de Salaise, Éric Doidy vantait, dans Soul Bag, leur Chicago blues enrichi des parfums du Sud et de l'Ouest. (…) Il est vrai qu'après sept ans de tournées, la machine tourne rond.
Dix années de route ont permis aux Limousins d'ouvrir pour le meilleur linge, Peter Green, Magic Slim & the Teardrops (chez l'ami Boncour de Tournon-d'Agenais), Anson Funderburgh & Sam Myers (qui ont aidé le groupe à ranger le matériel en remerciement du back-line fourni !), Jean-Jacques Milteau, Patrick Verbeke, Long John Hunter, Trudy Lynn, Coco Robicheaux, Larry Garner, Bill Thomas, qui d'autre ? Si, ils ont fait Cognac en 1998 et le Chicago Blues Festival en 2002.

Et voilà Bourbon Street…
… N'hésitez pas à prendre cette rue. Leur emblème est un réverbère et ils résident virtuellement au http://bourbon.street.free.fr.
Et, euh… Putain, Bourbon Street, ce press book de la mort !

Post scriptum
Éric Vacherat préfère BB King, Otis Rush, Albert Collins, Duke Robillard, le blues des années 60 et le classic rock.
Cyril Menet, lui, c'est plutôt Ronnie Earl, Charlie Baty, Anson Funderburgh, le blues des années 20-30 et des eighties, le jazz, la musique hawaïenne.
Joël Arnaud s'en remet à Willie Kent, Bob Stroger, Willie Dixon, Larry Taylor, Marty Ballou, le blues en général, toutes époques confondues, le flamenco et le jazz.
Sébastien Mendez cite Georges Rains, Per Hanson, Herman Ernest, le blues des années 60, et divers jazz, soul et chansons.
Benoît Ribière, enfin, ne jure que par Milt Buckner, Wild Bill Davis, Greg Allman, Jimmy Smith, Dr John, Charles Brown, Otis Spann, le blues toutes époques et de nombreux autres styles qu'il ne se fatiguera pas à énumérer.

Christian Casoni, octobre 2003

Handful de Noël…

Mais tout vient à point à qui sait attendre. Au moment pile où nous plaçons l'article en ligne, voilà le dernier album de Bourbon Street, Handful of Blues, qui surgit hors de la nuit. (En lire la critique - elle est très bonne - dans Blues Magazine n°31, cuvée hiver 2004.) Eh, les gars, trois albums et demi… Elle commence à ressembler à une œuvre, votre petite affaire de blues !