CEUX D'ICI

Une exclusivité Blues Magazine


 

FRED CHAPELLIER,
OPTIMISTE CUIT BLEU

 


La réverbe sur la voix, des guitares claquantes et racées, l'orgue hammond qui joue au siroco… Pas de doute, le tapis est 70's. C'est un blues-rock au beat funky-soul, chanté d'une voix claire et un sens discret (mais éloquent) de la mélodie. Sûr de lui, le chant ondoie toujours à la bonne altitude. Les rimes claquent elles aussi, et sentent bon la chanson de chez nous. Même confort, même sens de la mélodie au bout des doigts. Des interventions, des contre-chants et des solos fluides, parcourus de ponctuations et d'idées fixes. La Strate craque d'électricité comme une longue et belle chevelure, et se laisse briller comme une enseigne au néon. C'est bien lui qu'j'ai dans l'ventre… Ah, le blues ! Ce blues chic dans l'autoradio, qui vous redresse, qui vous fait fredonner, ce blues qui décape le cambouis des petits matins, qui rince la grisaille épaisse de ce putain d'embouteillage et met du billard partout. Blues Devil. Efficacité à tous les étages…

LE PETIT CHAPELLIER

Vers 1981 j'attrape une guitare
Pour résumer mon parcours en quelques dates : 1975, Ian Paice, la baffe. J'apprends la batterie pendant deux ans. Arrivent Roy Buchanan et Luther Allison. Vers 1981 j'attrape une guitare, je me sens tellement bien là-dessus que j'abandonne aussitôt la batterie. Le 10 novembre 1983 je monte pour la première fois sur scène, la scène de la Salle des Fêtes de Bettancourt (près de Saint-Dizier). Je donne un répertoire de reprises très rock-blues, très électrique, Hendrix, Led Zep, Lynyrd Skynyrd. Vers 1991, je découvre que ma musique de prédilection c'est le blues, et j'y plonge corps et âme. Je pars sur de petites formations, le trio Kashmir, Men In Blue, Blues Drivers. Men In Blue sort deux CD, en 1998 et 1999. Enfin, le Fred Chapellier Blues Band naît de Blues Drivers en novembre 2002. Je préparais Blues Devil, un album en français qui requérait un nom de groupe plus français.

Et le blues s'est imposé…
Je suis un inconditionnel de la guitare électrique. C'est un son que j'ai toujours entendu à la maison. Jimmy Page, Richie Blackmore, mais aussi Luther Allison. Les guitaristes électriques, spécialement les Anglais, alimentent un inépuisable réservoir de références, conscientes ou pas. Tout jeune avec mes potes, on essayait de rejouer Hendrix et Doctor Feelgood. À la longue, j'ai éprouvé le besoin de raconter mes histoires. Et le blues s'est imposé.
Une chanson, c'est un tout. Je ne voulais pas seulement être un guitariste, mais chanter, pouvoir apporter une chanson avec un texte et une guitare. Bon, la voix, je peux pas vraiment dire que je la travaille ou que je l'ai travaillée. Disons que je contente de chanter. Je suis pas un guitariste, je suis pas un chanteur, je suis un gars qui fait du blues. J'écris des chansons et je les chante.


Art Puces Café, mai 2004.

 

Depuis plus de vingt ans, je suis fidèle à Stratocaster. J'ai un modèle de 73 qui arrive au bout du rouleau. J'attends une nouvelle guitare, une guitare de luthier taillée sur le modèle Strato et faite à mes mesures. Xavier… euh… Petit… J'allais dire Xavier Pillac ! Xavier Petit, donc, est un luthier qui réside du côté de Langres, à 130 bornes de chez moi. Pour le manche j'ai choisi de l'érable ondé, un bois super dur et sans défaut, sans bulles d'air, quasiment insensible aux variations de température. Un des bois les plus chers du monde je crois bien. La caisse est en aulne, comme chez Fender. Tu vois, j'ai des doigts plutôt courts et pas très fins, d'où l'intérêt de jouer sur un manche étroit et légèrement bombé.
Aujourd'hui, tu as un tel choix de bois, de micros… Il y a comme un renouveau de la lutherie. Est-ce parce que les magazines de guitare en parlent plus volontiers ? À l'arrivée, ta guitare sur mesures, elle te revient le prix d'une Fender de base pas terrible. Mais pour quel savoir-faire !
Pour ce qui est des amplis, je joue depuis dix ans sur une Fender Vibroverb Reissue. C'est un ampli à lampes, pas trop puissant, qui me convient parfaitement. À l'occasion de festivals, je peux me brancher sur un Twin Reverb, un super ampli… mais très cher… et très lourd à transporter. Un Marshall c'est sympa aussi mais, même pour les amplis, je reste fidèle à Fender. Les Fender à lampes.

Ça s'est passé ce jour-là !
Je suis né à Metz un 4 juin 1966. J'ai habité cette ville durant les six premières années de ma vie. Mon père était gendarme, il était muté sans arrêt. Un jour on a bougé du côté de La Rochelle. En 1975 on s'est de nouveau retrouvés dans l'est, à Saint-Dizier. Depuis 91 je vis à à Châlons-en-Champagne.

Je découvre le rock vers huit, neuf ans avec l'album de Deep Purple Made In Japan. Sur The Mule, j'entends le solo de batterie qu'exécute Ian Paice. C'est l'événement le plus important de ma vie musicale. J'ai su ce jour-là que je serai musicien. J'en démords toujours pas : ça s'est passé ce jour-là ! Oui, j'ai d'abord voulu être batteur.
Plus tard trois musiciens ont beaucoup compté pour moi : BB King, Luther Allison et Roy Buchanan. Buchanan est le premier bluesman que j'aie entendu. J'avais, quoi, douze ans maxi ? Mon grand frère avait rapporté ce disque de Buchanan. La claque ! Cette haute teneur en électricité m'a marqué à jamais. Sa façon de faire hurler la guitare… sa folie… Un guitariste vraiment à part.
Globalement, je préfère le rock et le blues des années 70. Après Led Zep, Hendrix, les Who et Deep Purple, je passe aux maîtres du blues, Luther Allison en tête, puis BB King et Albert King. Je les écoute toujours beaucoup.


Abder Benachour, Pat Machenaud et Fred Chapellier.



Damien Cornélis



Pat Machenaud

 

Le Fred Chapellier Blues Band, c'est Patrick Machenaud à la batterie, Abder Benachour à la basse. Patrick et Abder accompagnent également Miguel M. Ce n'est pas toujours simple pour eux de se couper en deux. Les claviers de l'album sont tenus par Johan Dalgaard, bien connu des amateurs de blues français. Quand Johan n'est pas libre, je fais appel à jeune Rémois, Damien Cornélis. Tout tout jeune, très très bon.


BLUES DEVIL

J'ai sorti l'album en juillet 2003… je voulais faire parler de moi
Quand je pousse la porte du studio, j'entre avec des morceaux déjà bien construits. Le plus difficile à retrouver, c'est l'énergie de la scène. Voilà l'idée directrice. Pas besoin d'un arrangeur ou d'un directeur artistique, on est quatre copains, tout le monde met son grain de sel, tous les conseils sont bons à écouter. On en débat, on tranche toujours en faveur de la chanson. Toujours servir la chanson.
Les titres qu'on a enregistrés pour l'album sont plutôt longs, c'est vrai. Certains durent cinq à six minutes. Et pourtant, j'ai construit les morceaux en fonction des textes. Tu remarqueras qu'il n'y a pas des grilles et des grilles et des grilles de solos, on s'est vraiment attachés à brider les morceaux, on s'en est tenu au strict minimum niveau structure. Pourtant les morceaux sont longs. Curieux.
Miguel M. est un ami. Je l'ai invité sur le disque, il chante même quelques couplets (sur le titre Le Blues par exemple.) Quand j'écrivais cette chanson, je pensais à lui. Comme Xavier Pillac, Miguel et moi menons le même combat. Il n'est pas né là-bas mais ça ne l'empêche pas de transpirer le blues. Et puis je remercie tout un tas de gens dans le livret. Ils m'ont soutenu, ils m'ont donné un coup de main, copains, radios, magazines. C'était la moindre des politesses.

Pour ce premier album… on l'a un peu regretté… on a d'abord enregistré le bassiste, le batteur, et moi en guitare témoin : ils avaient donc ma guitare dans le casque. Une fois la section rythmique enregistrée, j'ai mis les guitares au propre. On l'a regretté car le disque aurait sans doute gagné à être enregistré plus live. Quand la basse et la batterie sont en boîte, c'est fini, on ne peut plus bouger la structure. Pour le blues, il me semble préférable d'enregistrer live autant que possible. Sur le prochain album, guitare, basse et batterie seront prises en live. Il se passe obligatoirement plus de choses quand on se retrouve à jouer tous les trois dans la même pièce. Plus d'intensité. Des montées, des descentes…
C'est vrai qu'un disque n'est jamais fini mais, du moment que j'appose la mention Bon pour le pressage, j'estime être arrivé au bout de ce que je pouvais faire de mieux à ce moment-là. Je fais peut-être des erreurs, mais j'éprouve pas de remords. Les lacunes du premier me serviront de leçon pour le second.

On va dire que je suis… dans une phase ascendante


En tout cas, j'étais totalement libre. Normal, cet album, je le produisais moi-même. Mosaic le distribue et se charge, théoriquement, de le placer dans toutes les Fnac de France et chez les petits disquaires du coin… On peut aussi le commander directement sur mon site : www.fredchapellier.com.

Blues Devil a récolté de bonnes critiques. Crossroads, un peu Soul Bag, des fanzines comme Trois Rivières Blues en ont dit du bien.
En 2003, les Bottlenets m'ont décerné le titre de Meilleur compositeur blues français. La même année, ils ont élu Le Blues Meilleure chanson blues. En 2003 toujours, le CRB (Collectif des radios blues) et le magazine Crossroads ont classé Blues Devil sixième Meilleur album de l'année, toutes tendances confondues. Donc ça commence très bien. J'avale de la route depuis une quinzaine d'années maintenant, il y a pas mal de boulot derrière toutes ces distinctions. On va dire que je suis… dans une phase ascendante !

Je serais bien incapable d'avancer des chiffres de ventes. L'album n'a pas encore un an. La maison de distribution m'envoie quelques relevés, bien sûr. Il y a aussi les albums qu'on vend sur les concerts. Blues Devil a été tiré à mille exemplaires, 700 ont probablement été déjà écoulés… fourchette basse ! En moins d'un an, ça me paraît correct. Attention, je ne m'attendais pas à en vendre 10 000 exemplaires non plus ! Si la carrière de Blues Devil faisait 1 500, 2 000 exemplaires, j'en serais déjà très content.

Second Round
Le prochain album, on l'enregistre en juin… on le mixe en juillet, il devrait sortir fin septembre, début octobre. Il est pour ainsi dire terminé dans nos têtes, on n'a plus qu'à pousser la porte du studio et à le graver. Il s'inscrira dans la continuité du premier : du blues électrique moderne, tantôt rock, tantôt funk, peut-être un peu plus roots sur la fin avec deux chansons acoustiques. Ce qui diffèrera du premier : un traitement plus live et un apport de cuivres. Bony Fields et sa section nous accompagneront sur trois ou quatre titres. Une section de cuivres comme la sienne va forcément nous apporter un gros bonus.
L'album a déjà un titre : Second Round. Je compte l'enregistrer par chez moi. On a la chance d'avoir un studio de qualité à Châlons, le PNF Studio. Le distributeur sera sans doute encore Mosaic, je suis très content de notre coopération.
Une quinzaine de mois sépareront les deux disques. Je compose relativement vite et, si j'ai le matériel suffisant pour réaliser un album, je le sors. On a un public derrière nous. Bon, il est assez restreint pour l'instant, mais il est là.

 

Au diable ce vieil handicap, celui d'être né français
(Le Blues)
Chanter en français est un choix totalement délibéré. Je sais bien que ça peut fermer des portes, mais ça t'en ouvre d'autres. Avant de commencer à tourner sous mon nom, je faisais partie des Men In Blue. Le chanteur œuvrait en anglais, il maîtrisait très bien cette langue, ayant vécu une dizaine d'années aux États-Unis. Tu vois, je n'ai rien contre un Français qui chante en anglais, pourvu qu'il maîtrise parfaitement la langue. Ce qui est insupportable, ce sont ces Français qui baragouinent avec un accent ignoble ! De mon côté, écrire en anglais c'est une autre histoire, et je vois pas comment je pourrais convertir mes émotions en blues, autrement que dans ma langue maternelle.
Le fait de chanter en français peut te fermer certaines portes, comme je te disais. En revanche, j'ai remarqué qu'avec des chansons en français je touchais un public plus large. J'en ai vus des tout jeunes, dix, douze, quatorze ans, venir me voir après un concert pour me parler des textes. Ou, au contraire, des gens beaucoup plus âgés. Et toujours par rapport aux textes. C'est flagrant dans les festivals, avec des publics plus familiaux. Je vois les réactions, je vois les gens, je vois les sourires…

Quelle que soit la langue dans laquelle il est chanté, de toutes façons, t'entends pas de blues à la télé française. Même un Paul Personne, tu l'aperçois pas souvent dans le poste. Un Bill Deraime non Plus. (Je suis fan de longue date.) Quant aux scènes étrangères, j'ai pas encore la prétention de vouloir m'exporter très loin, tu sais. Que j'arrive déjà à tourner correctement en France et dans les pays francophones… Ça commence à faire tout de même un joli terrain d'action.


BLUESMEN

UP Wilson, Boney Fields, Brian Lee…
UP Wilson est une rencontre qui a compté. Un jour, j'accompagne deux artistes américains au Quai du Blues (Neuilly) : Donald Regentson et Audrey Madison. (Elle chante aussi avec Ike Turner.) Et UP débarque, sa guitare sous le bras. On a joué trois quarts d'heure ensemble. Scotché j'étais ! C'est une légende du Texas blues… et c'est un personnage. Avec lui, tu peux être certain qu'il va se passer quelque chose. D'accord, il fait son cinéma mais il a la voix et il a le jeu de guitare. C'est UP Wilson, quoi. Par la suite on s'est revus, au Quai du Blues ou ailleurs. Boney Fields m'avait invité au Triptyque pour la sortie de son album. UP était là. On se connaît un peu maintenant.
Boney a accompagné Luther Allison et Lucky Peterson. Il a monté un groupe de blues funk, The Bone's Project. Il a déjà un guitariste, Hervé. Si Hervé n'est pas disponible, Boney peut faire appel à moi, c'est toujours un grand plaisir. Avec lui, je prends chaque fois une leçon de rigueur, de travail et de précision. Oui, ça marche bien en France ces petites coopérations entre musiciens, Américains/Français ou Français/Français. Pour moi, tout est clean.



Au micro d'Horizons Blues (Aligre FM, 93.1)

 

Autre grand souvenir : Brian Lee, un bluesman aveugle de la Nouvelle-Orléans. Un fantastique chanteur, un fantastique guitariste. Ça se passait en juillet 97 au festival de Chalon-en-Champagne, je jouais encore dans Kashmir et on devait assurer la première partie de Brian Lee. Il y a avait beaucoup de monde, il faisait beau. Brian m'a prié de le rejoindre sur scène. Ces trois quarts d'heure figurent comme l'un des grands moments de ma carrière.
J'ai aussi tapé le bœuf avec ceux de Nine Below Zero, avec Gwynn Ashton et tant d'autres. J'ai eu l'honneur d'ouvrir pour Mick Taylor, un gars très humble… On a discuté d'égal à égal !
Certaines vedettes finissent par te repérer, c'est obligé : j'ai ouvert plusieurs fois pour Popa Chubby, plusieurs fois pour Lucky Peterson. Bon, Popa Chubby, je dirais pas que ce fut un grand moment, le bonhomme est un peu spécial. Mais avec certains, ça accroche vraiment très bien. Wishbone Ash par exemple.

… et Wishbone Ash
J'ai fait 16 ou 17 dates en première partie de Wishbone Ash, Angleterre, Allemagne, Hollande, Belgique… C'était encore du temps de Men In Blue, on chantait donc en anglais. Nous avons été très bien accueillis partout, particulièrement en Angleterre et en Belgique. Pourtant le public de Wishbone n'est pas forcément le nôtre. Bon, c'était un peu plus compliqué en Allemagne. Les Allemands préfèrent les répertoires plus rock. On est devenus potes avec ceux de Wishbone. Les dates qu'on a faites avec eux, ça représentait une moyenne de 800 kilomètres par jour. On conduisait tous les jours, on jouait tous les soirs. 8 500 bornes en deux semaines ! Quand on a bouclé la tournée, on ressemblait plus à rien ! Aujourd'hui on se téléphone, on se donne régulièrement des nouvelles.

Des mauvais souvenirs ? On en a plein. Des trucs rigolos comme arriver avec quatre heures de retard, s'être tapé mille bornes sans manger, jeter le matériel sur scène, et attaquer sans avoir eu le temps de faire une balance. Sur le coup c'est rageant, mais avec le temps on en rigole et ça entre petit à petit dans le registre des bons souvenirs.



Remise des Bottlenets à l'Art Puces de Saint-Ouen.

C'est bien joué, c'est bien chanté, ça me plaît. Point !
Ma vie de musicien n'a pas été tellement galère. J'ai grandi entre un père gendarme et une mère au foyer… Tu vois, je suis pas né dans un bidon-ville de Chicago, mon père tenait pas un club de blues, ma mère chantait pas le gospel à l'église comme dit la chanson, et pourtant je fais quand même du blues. J'ai écrit cette chanson (Le Blues), pour rappeler tout ça et revendiquer mes droits sur le blues. Ce sont juste des émotions sur lesquelles on a posé des notes, il suffit de sortir ce qu'on a dans le cœur. Un Danois chantera sincèrement le blues s'il le transpire. Pourquoi non ?
Il n'y a pas de mauvais blues quand il est bien fait, et avec une certaine conviction. Les jeunes bluesmen ont un amont plus alternatif que moi, rock hard, grunge, punk…Je suis pas dérangé par un blues très déjanté. Jesus Volt joue un blues qui se barre dans tous les sens et je les aime beaucoup. Chacun récupère des influences et les injecte dans sa musique.
Je me fous totalement des étiquettes, un travers malheureusement bien français. C'est blues jump, c'est blues rock... C'est bien joué, c'est bien chanté, ça me plaît, point. On peut pas plaire à tout le monde, ni aimer tous les styles de musique et de blues. Personne n'est encore venu me dire : C'est pas bien ce que tu fais ! Mais, si un jour ça se produit, j'espère qu'on en discutera tranquillement. Je comprendrais très bien que des gens n'apprécient pas ma musique, je ne pense pas que ça me poserait beaucoup de problèmes.

Sinon, j'ai un peu de mal à écouter des choses nouvelles. J'y vais même mollo pour me préserver des influences. C'est bien ce truc, je devrais essayer de faire un peu comme ça. Mais non ! Quand j'écoute quelque chose, j'écoute surtout les valeurs sûres, Buchanan, Albert King, Albert Collins, BB King, Johnny Winter, Stevie Ray Vaughan, etc. Hors blues, j'aime beaucoup quelqu'un comme Lenny Kravitz, lui-même est resté scotché sur les années 70… Ce qui explique d'ailleurs cela.

Les autres groupes de blues, notamment les Français
Même si je ne suis pas toujours très attentif à ce qui sort, je reste très intéressé par les autres groupes de blues, notamment les Français. Je me suis fait des amis en jouant au Cahors Blues Festival deux ans de suite. C'est là-bas que j'ai rencontré le fameux Xavier Pillac.
Xavier et moi, on va dans la même direction : il chante son blues en français, et il le fait extrêmement bien. Voilà quelqu'un que j'aime beaucoup. L'autre groupe avec qui je me sens de nombreuses affinités, c'est Rosebud Blue Sauce, bien qu'ils chantent en anglais et pratiquent un blues totalement différent du mien. Dans un autre style, j'aime aussi Thierry Anquetil.
Moi qui aime chanter en français, j'ai beaucoup d'estime pour Bill Deraime. Il reste un modèle pour moi. Le week-end du 1er mai, j'ai fait le festival Quais des Blues, à Regnéville dans la Manche. Elmore D faisait aussi l'affiche. Je l'ai trouvé excellent, roots, plein d'humour. La scène blues européenne devient très intéressante, riche, variée...


SIX CORDES

… Comme un cinglé, six, sept heures par jour
Je joue de la guitare depuis 25 ans maintenant. J'ai travaillé l'instrument quinze ans durant, comme un cinglé, six, sept heures par jour et principalement à l'oreille. Je passais Led Zep, ZZ Top ou Johnny Winter sur mon tourne-disque. C'est bien plus tard que j'ai découvert Robert Johnson, Big Bill Broonzy et Junior Wells… Quand j'utilise une guitare chez moi, c'est pour tâcher d'améliorer mon touché, mais je ne bûche plus de plans, d'accords, ni de gammes.
Le son, évidemment, c'est le but ultime de tout musicien. Hé ! c'est du Fred Chapellier. Hé ! c'est du Xavier Pillac. Alors oui, aujourd'hui je suis toujours à la recherche du son, mais j'en suis quand même plus au stade du gars qui va essayer 200 amplis, 300 guitares, 50 000 pédales. Le son, il réside avant tout dans les doigts. Comme je te disais, je continue de travailler mon phrasé pour tenter de définir plus précisément ce son qui émane des doigts. Oh, je l'entends bien, le son que je voudrais avoir… Et je me dis qu'il me reste encore pas mal de pain sur la planche avant de l'acquérir !

J'utilise surtout la guitare pour composer. La composition, c'est ce qui m'intéresse le plus dans la musique. Au niveau du jeu et plus encore des compos, j'essaie de ne pas trop me laisser influencer par Pierre, Paul, Jacques, même si Pierre, Paul ou Jacques est un géant du blues et un des mes maîtres absolus. Si j'écoutais trop souvent Stevie Ray Vaughan par exemple, les compos pourraient s'en ressentir et risqueraient de ressembler à de pâles copies. Voilà. J'essaie d'être original dans ce que je fais. J'ESSAIE, hein !

 

C'est pas trop mal aujourd'hui
Je retourne parfois jouer à Metz, il y a quelques clubs aujourd'hui. Il y a quinze ans, on n'avait pas toute cette scène blues qui s'élabore un peu partout en France, ces petits festivals, ces magazines de blues, ces fanzines et ces radios. On trouve de plus en plus d'associations, de plus en plus de gens pour défendre le blues. Oui, je pense que le blues est en plein essor. J'ai la chance de jouer de plus en plus souvent et de plus en plus loin. Non, par rapport à ce dont on disposait quand j'ai commencé, c'est pas trop mal aujourd'hui.

Je tourne partout en France. Jeudi dernier je passais à Dunkerque, le samedi suivant on était programmés près du Mont-Saint-Michel, on repart dans l'est ce week-end. On joue à Nancy, on revient à Paris. On a deux dates en Suisse. Cet été on fait un festival du côté de Nîmes, un autre du côté de Lyon, un autre du côté de La Rochelle. On va essayer de compléter avec quelques dates en Belgique et en Suisse. Hors frontières c'est un peu plus difficile, mais ça commence à venir.

Paradoxalement, le coin de la France où on joue le moins c'est encore celui où on vit. Je suis de la Marne et je n'y passe pas souvent. Quand j'ai démarré, on trouvait encore pas mal d'endroits où se poser, bars, petits clubs, petits festivals. En trois ou quatre ans, la Champagne-Ardenne s'est désertifiée de ce côté-là. C'est devenu difficile d'y décrocher des engagements. Sur Reims tu avais le Kraft, un super petit club. Il a fermé voici un an, il a réouvert avec une nouvelle direction, mais les nouveaux gérants rechignent à programmer du blues. À Épernay tu avais La Marmite Swing où quelques pointures sont passées, Doctor Feelgood, Nine Below Zero, Wishbone Ash… Moi-même, j'y ai joué à maintes reprises pendant dix ans. Tous ces clubs ont fermé les uns après les autres. Il n'y a plus grand chose par chez nous.

Optimiste ? Oh oui
Le blues est un marché minuscule. Minuscule, mais toujours un peu plus gros que celui du jazz. Je voudrais pas être musicien de jazz à l'heure actuelle. Le blues est une musique tellement sincère, spontanée, qu'elle fait naître beaucoup de festivals. Tant mieux, plus il y a de festivals, plus il y a de monde, plus il y a de monde, plus il y a de festivals. Je crois que les gens prennent plaisir à voir des musiciens s'arracher pour cette musique.
Le blues est fait de rythmes qui accrochent tout de suite l'oreille, même celle des gens qui en ignorent tout. Ah ? c'est ça du blues ? Les gens commencent peut-être à en avoir ras le bol de ce qu'ils voient à la télé, toujours les mêmes émissions, toujours la même variété. Aujourd'hui, c'est vrai, le moindre artiste de variété est hors de prix, les concerts coûtent très cher. En comparaison, le prix d'entrée d'un festival de blues est dérisoire. Avec ton ticket, tu as droit à deux, trois groupes. J'ai l'impression que cette idée entre dans les mœurs et que ça va aller de mieux en mieux. Optimiste ? Oh oui. Cet optimisme qui me joue des tours parfois…

J'ai la chance de vivre de la musique et d'avoir quelques appoints. En plus des concerts et des ventes de disques, je touche quelques droits d'auteur et j'arrive à m'en sortir. Je donne des cours de guitare. Je fais aussi un peu de studio. Je suis branché sur deux ou trois studios. Ils m'appellent de temps en temps, quand il leur faut une partie de guitare. Non, pas que du blues. Du reggae, du rock, de la salsa. Ça demande une bonne connaissance de l'harmonie, des accords et surtout une certaine maîtrise rythmique. Pour ça, la batterie m'a beaucoup aidé. En démarrant la guitare, j'étais déjà très attentif au rythme.
Je suis intermittent du spectacle et je me battrai jusqu'au bout, comme tous les autres ! Mais la réforme va être renégociée, je le sens. J'espère que ce ne sera pas une entourloupe pour sauver les festivals, j'espère qu'on n'essaiera pas de nous amadouer pour sauver la saison… Mais non, je suis un éternel optimiste. Je suis persuadé que tout va rentrer à peu près dans l'ordre, comme avant, que tout va bien se passer. Ceci dit, je travaille beaucoup et c'est vrai que je m'en occupe pas plus que ça.


Abder Benachour

 

Juliette
L'album 5 de Lenny Kravitz. C'est celui qui m'a le plus touché ces cinq dernières années. Ça n'a pas beaucoup de rapports avec le blues. Quoi que… Les chansons sont bonnes. Kravitz joue un peu de tout sur ce disque. Il n'est pas spécialement bon batteur, pas spécialement bon guitariste, mais c'est un très bon chanteur et un très bon compositeur... ce qui m'intéresse davantage.
Un concert qui m'ait impressionné… Et je n'ai droit qu'à une réponse ? Il va falloir me laisser le temps de la réflexion. Pas trop longtemps… Un concert… J'ai vu Clapton à Bercy, il y a trois semaines. Plutôt décevant. Trois quarts d'heure de blues pour deux heures de concert. Le reste, c'était beaucoup de morceaux composés avec Phil Collins dans les années 80, 90… Mais bon, Clapton reste un super guitariste et un bon chanteur. Un concert… Tu vas voir, je vais t'en citer un dans moins de dix secondes… Ça y est, Reims 1997 ! La première fois que j'ai vu Lucky Peterson et, d'ailleurs, la première fois que j'ai ouvert pour lui, dans le cadre d'Octobre Rock. Excellent festival et Peterson, très impressionnant.
Une chanson fétiche ? I'll Play The Blues For You, chantée par Albert King. Pour moi, c'est ça le blues. C'est cette chanson-là. Si on ne devait retenir qu'un blues, ce serait I'll Play The Blues For You. Et si je devais n'emporter qu'un album sur une île déserte, j'emporterais Live Stock de Roy Buchanan.
La salle que je préfère… Il y en a beaucoup que j'ai pas faites, bien sûr… Bizarrement, je trancherais pour l'une des dernières où j'ai fait l'affiche : la Salle des Fêtes de Regnéville-sur-Mer. Le meilleur souvenir de l'année pour l'instant. Une petite salle archi comble, un public chaleureux, attentif, qui participait debout… J'aime bien les petites salles comme l'Espace Blues à Paris ou le James Café à Toussieux, près de Lyon. Et il y en a beaucoup d'autres, comme tu t'en doutes.
Et euh… en dehors de la musique, mes centres d'intérêt tournent essentiellement autour de Juliette. C'est la fille de sa maman. Quand je ne joue pas, je m'occupe d'elles.

Mai 2004

Patrice Dalmagne a pris des photos à l'Art Puces Café et chez Aligre.
Florence Chapellier a pris les deux photos sur les rails.
Voir aussi le site : http://www.fredchapellier.com.

Christian Casoni, Patrice Dalmagne et les poteaux d'Horizons Blues (Aligre FM 93.1) : Alain Hermanstadt et Gilles Blampain.

Eh ! Gilles Courcier, t'es toujours par là ?

Le Fred Chapellier blues band sera :

Le 12 juin à Vertus (51), plein air en soirée,
Le 19 juin à Floing (08), plein air en soirée,
Le 21 juin à Neufchâteau (52), centre-ville pour la Fête de la Musique (en soirée),
Le 16 juillet à Tullins, au Festival sur la Route de Tullins,
Le 23 juillet à Saint-Jean-du-Pin (près d'Ales), qui organise un festival blues.