S’il n’a pas été le tout premier à jouer le Rock & Roll, Chuck Berry a été néanmoins un des principaux architectes de l’évolution de la musique noir américaine en mélangeant la guitare Country, le Blues et Rythm & Blues. Il a été aussi un des rares musiciens à pouvoir se produire partout sur la planète en recrutant au pied levé des musiciens locaux pour l’accompagner, tant son répertoire avec des titres comme Johnny B. Goode, Maybellene, Roll Over Beethoven, Rock and Roll Music et Back in the U.S.A. est mondialement connu.

Né Charles Edward Anderson Berry à Saint-Louis dans le Missouri le 18 octobre 1926, Chuck Berry s’intéresse à la musique dès son plus jeune âge et chante à l’Église. Il s’imprègne de blues et de Rythm & Blues en écoutant la radio et, admirateur de T Bone Walker, Nat “King” Cole et Louis Jordan, il se met à la guitare à l’adolescence. Après quelques vols, il passe quelques années dans une maison de correction d’où il ressort en 1947. Il se marie en 1950 et travaille dans l’industrie automobile tout en arrondissant ses fins de mois en jouant du blues dans les clubs. Le soir du réveillon 1952, il est appelé pour remplacer un saxophoniste défaillant dans un trio mené par le pianiste Johnnie Johnson. Dès 1953 il se produit régulièrement avec le trio, et en devient progressivement la vedette grâce à son style de guitare, son jeu de scène et son célèbre Duck Walk. Chuck Berry se rend à Chicago en 1955 où il rencontre Muddy Waters qui le présente à Leonard Chess de qui cherche alors à diversifier ses productions. Leonard Chess est intéressé par l’adaptation de Chuck Berry d’une vieille chanson traditionnelle country Ida Red. Le titre, rebaptisé Maybellene, enregistré notamment avec Johnnie Johnson au piano et Willie Dixon à la contrebasse, sera vendu à un million d’exemplaires… De 1955 à 1959, Chuck Berry incarne alors la fougue, la joie et les frustrations d’une génération d’adolescents principalement blancs, et les succès s’enchaînent.

 Malheureusement, des affaires de mœurs le conduisent en prison pour 1 an et demi et sa carrière s’arrête brutalement. Lorsqu’il est libéré en 1963, Chuck Berry découvre que ses titres, repris entre-temps par les Beatles, les Rolling Stones et les Beach Boys, sont toujours aussi populaires, et sa carrière repart. Chuck Berry alterne de 1963 à 1979 entre Chess et Mercury Records pour ses enregistrements. Son calendrier de concerts reste très chargé, et Chuck Berry qui tourne seul, sans agent et sans musiciens, se fait payer alors ses prestations principalement en liquide… Le fisc s’intéresse à son cas, et Chuck Berry retourne en prison pour 4 mois en 1979 ! Il continue à se produire en concerts au même rythme durant les années quatre-vingt ce qui lui permet de s’acheter plusieurs restaurants. En 1990, des clientes l’accusent d’avoir posé des caméras dans les toilettes de son restaurant à Saint Louis. Un règlement à l’amiable sera trouvé avec les plaignantes. Il aura cependant encore à faire à la justice un peu plus tard pour détention de marijuana. En 2000, son ancien compagnon Johnnie Johnson lui réclame des royalties pour 50 titres crédités au seul nom de Chuck Berry alors que Johnnie Johnson, qui perdra son procès, affirme les avoir coécrits. En 2008, Chuck Berry réalise une tournée Européenne. Le 1er janvier 2011, il doit interrompre un concert à Chicago pour cause d’épuisement. Il se retire dans la banlieue ouest de Saint Louis où il s’était installé en 1996, et se produit de temps en temps jusqu’en 2014 au Blueberry Hill, un bar restaurant de la ville. En octobre 2016, pour ses 90 ans il annonce, 35 ans après son dernier disque Rock It paru en 1979, son retour avec un nouvel album Chuck… Chuck Berry s’est éteint d’un arrêt cardiaque le 18 mars 2017. Son Johnny B. Goode de 1958, retenu avec d’autres morceaux de musique pour être envoyé par la sonde Voyager en 1977 dans l’espace, fera encore longtemps swinguer spontanément les auditeurs.

Blues mag lui consacrera un dossier complet dans un prochain numéro.

Chuck Berry 1973