Texte et photos © Éric Matelski

Le bécarre est une altération en musique. Cela s’est transformé en Bay-car* pour rappeler la plage locale, la Mer du Nord… Le signe est présent dans la décoration de la salle. Nous voilà à la 17e édition du Bay-Car Blues festival.

 

La précédente avait été une réussite, avec une affluence record amenant quelques mécontentements du public. Le noyau dur de l’association, qui travaille à l’année sur l’organisation de l’évènement, a revu le plan de salle, diminuer la scène (qui parait toujours immense pour certains artistes de clubs), ajouter des tables pour garder ce côté cabaret, etc… Quelques personnes font toujours la remarque sur la gêne des photographes au-devant de scène, le bruit de fond des discussions venant du bar ou des commandes. Mais peut-on remédier à tout ? Je ne pense pas. On ne peut abasourdir le public en augmentant le volume. On ne peut supprimer le service à table en mode cabaret, etc.

2018 11 Bay Car Déco

C’est du travail un festival. Derrière du rideau, bien entendu il y a le travail de programmation, de contrat, de déclarations. Les artistes, il faut les loger, les nourrir, trouver des chauffeurs pour les navettes à l’hôtel et à l’aéroport. Une fois au lieu de spectacle, il faut les accueillir. Du mieux que l’on peut, pour que le musicien se sente bien et fasse le meilleur spectacle pour le public. Ça passe par les loges, le catering, le repas, et la qualité de la technique lors de la balance. Il faut être là, présent aussi, en aval de leur monté sur scène, tout en respectant l’intimité propre à chacun à cet instant. Ça passe aussi par une présentation qui les honore. Au-devant du rideau, il faut préparer la salle, la nettoyer, la décorer, répartir les tâches. Préparer la logistique, commander les boissons, l’alimentation, etc. Assurer la billetterie, la sécurité, le vestiaire, le service… Pour tout cela, merci aux 85 bénévoles, aux techniciens, aux employés du Palais du Littoral, aux membres de la sécurité, pour cette édition. Vous faites un travail de qualité avec le sourire. Le son est excellent aussi. Il faut le dire.

2018 11 Bay Car la salle en préparationLa salle en préparation

L’artistique dans tout cela ? Il a commencé bien avant ce weekend du 3 novembre. Il y a eu le festival Off, avec 7 concerts. Mais aussi, dans le principe du « Carnaval de Dunkerque », les Chapelles. C’est-à-dire des concerts chez l’habitant, avec des invitations de bouches à oreilles, chacun apportant nourriture ou boissons. L’ambiance y est géniale !

2018 11 Bay Car Boeuf dans une ChapelleBoeuf dans une Chapelle avec Norman Jackson

Il y a eu aussi des actions pour promouvoir nos musiques. C’est important! Pour cela, des Master-class et une résidence d’artistes pour amener le Blues dans les écoles. Ainsi, Pascal Fouquet (guitare), Jennifer Milligan (chant), Jean-Marc Labbé (sax), Simon Boyer (batterie), Abdell B. Bop (basse), Dominique FLOCH (harmo) ont animé cela avec des élèves du Lycée Angellier de Dunkerque, au lycée Noordover de Grande-Synthe. Ainsi qu’à l’académie de musique et collèges de Saint-Pol-sur-Mer. Ce nouveau partenaire du festival, a aussi accueilli deux expositions à la médiathèque du centre Jean Cocteau : « Les voix du Mississippi » de William Ferris et « l’Univers du Blues ». Puis conclure avec une conférence animée par Cisco Herzhaft « ça blues de source ». Il y a eu aussi, la programmation d’un concert éducatif tout public avec U Man Slide.

2018 11 Bay Car expo William ferrisL' exposition William Ferris

Le premier weekend de novembre est arrivé ! Nous voilà au Palais du Littoral de Grande-Synthe pour conclure ce mois d’actions culturelles. Dès l’entrée, le décor réalisé par une association de réinsertion de Calais, nous plonge dans l’ambiance. Deux jours, huit artistes. Je pense que c’est trop. On n’en reparle dans la conclusion.

Vendredi 2 novembre 2018. Pour l’ouverture, c’est un groupe du territoire qui s’y colle. C’est important de promouvoir la scène régionale pour un organisateur. Blues Eaters après 10 ans de vie, et bien des changements de musiciens, va nous faire un set remarquable dans le style qu’ils chérissent, un mélange de jump’n’roll, de swing, de rhythm’n’blues avec une saveur jazzy. Le groupe a trouvé son équilibre avec le quatuor actuel. Je vous conseille d’aller regarder la vidéo du titre Still the Same  sur le net. Il est extrait de leur excellent dernier album « Night Ridin' Daddy ». Dans le rôle de leader par sa présence scénique, on a Norman Rosaia au chant, guitare et à l’harmonica. Puis Sébastien Courti, à la batterie. Olivier Jacqueline, à la basse et Jonathan Nosalik à la guitare.

2018 11 02 Bay Car Norman RosaiaNorman Rosaia

2018 11 02 Bay Car le public pd Blues EatersBlues Eaters devant son public

Deuxième formation ce vendredi : Muddy Gurdy. Avec la venue exceptionnelle de Sharde Thomas pour accompagner le trio de base Hypnotic Wheels. Amener une vielle électroacoustique, de la percussion métissée, au blues profond du Mississippi, il faut oser. C’est un coup de maitre !!! Pour preuve, de nombreux prix, mais aussi l’album qui est nommé au Grammy Awards 2019 dans la catégorie « Best traditional blues album ». Bravo. Applaudissements.  Il n’y a pas de demi-mesure avec cette formation, on adore, ou l'on n’accroche pas. Chose que l’on peut comprendre chez certains « puristes ». Pour ma part, j'aime le métissage, la musique africaine, et faut-il le dire, le Blues, alors j’adore. Il y a un côté envoutant quand on se laisse plonger dans leur univers. Un travail brut, sans artifice, aussi bien au mixage que sur scène. Bravo à Tia, à Marc Glomeau, à Gilles Chabenat, à Sharde Thomas. Dommage il manquait Cedric Burnside, Cameron Kimbrought, Pat Thomas. Peut-on se mettre à rêver de les voir au complet dans l’Hexagone ?

2018 11 02 Bay Car Muddy GurdyMuddy Gurdy

2018 11 02 Bay Car Sharde ThomasSharde Thomas

Le troisième groupe est passé à côté de sa prestation. Pourtant la veille, pour une Chapelle, ils ont fait grande impression. Est-ce la grandeur de la salle, de la scène ? Je ne peux répondre. Le Norman Jackson Blues Band a l’habitude de jouer dans les clubs du Missouri. On a vu un saxophoniste déjanté, Rick Shortt, répondre au vétéran guitariste et chanteur Norman Jackson. Tout cela avec comme base rythmique Ron Brown à la batterie et excellent bassiste Danny Williams paressant très timide dans le tas. Ils ont une devise ; “Get Your Happy On!” Mais la mayonnaise n’a pas pris ce soir avec le public.

2018 11 01 Chapelle Rick ShorttRick Shortt

Pour terminer du Zydeco, de mémoire une première dans la région. Deux têtes d’affiche dans une même formation. D’un côté, de la Louisiane, Dwight est un Carrier, une des grandes familles renommées du zydeco. De l’autre, du Texas, une figure montante Ruben Moreno. Pour les accompagner du costaud ! Joseph Tobiah Whitfield à la basse 6 cordes. Puis Tony « Young Buck » Stewart à la batterie. Le set va se faire en deux parties. Une première, plutôt tex-mex, avec comme lead Ruben Moreno à l'accordéon cajun et Dwight "Black Cat" à la guitare rythmique. Les choses sérieuses débutent avec la deuxième partie. Dwight Carrier prend l’accordéon, et Moreno la planche à laver. On entre dans le zydeco que l’on aime, celui qui fait vibrer, bouger, danser. Petite surprise, Sharde Thomas va monter les rejoindre au frottoir. Mais malheureusement l’ambassadeur du style est arrêté dans son élan par le timing de sécurité, car il faut fermer la salle. Je reste sur ma faim. Je demande à voir en live Dwight "Black Cat" Carrier & the Ro' Dogs, son nouveau band.

2018 11 02 Bay Car Ruben MorenoRuben Moreno 

 

 

 

 

 

 

 

 

  2018 11 02 Bay Car Dwight CarrierDwight Carrier

2018 11 02 Bay Car Tony Young Buck StewartTony Young Buck Stewart

2018 11 02 Bay Car Joseph Tobiah WhitfieldJoseph Tobiah Whitfield

Après une nuit de sommeil, petit tour à la médiathèque de Saint-Pol-sur-Mer pour voir les deux expositions. Je suis agréablement étonné par la richesse en blues de l’endroit, aussi bien en vinyle qu’en cd, un peu moins vrai en livres. Après il faut attendre 18h30 pour accéder à la salle. Dommage qu’il n’y est pas un repas-conférence le samedi midi. Car pas simple de se restaurer sans quitter Grande-Synthe, et les belles plages du Nord en novembre ce n’est pas la meilleure saison.

Le samedi 3 novembre commence par une autre première, un Colombien qui joue du blues. Certes ! Mais Carlos Elliot Jr a grandi et appris dans les collines du Mississippi auprès de Robert Belfour à Clarksdale puis avec T Model Ford et RL Boyce, ou encore Lightnin Malcom… Ce Carlos a du talent. Rien que sur le papier, un signe le montre, car pour l’accompagner, à la batterie il y a une pointure de Clarksdale, Dale Wise. Puis à la guitare Bobby Gentilo qui a accompagné plus de 10 ans Big Jack Johnson. Carlos Elliot Jr est bon guitariste et chanteur. Il occupe bien la scène et fait le joli cœur en descendant dans la fosse. Il a du métier et amène son côté métis avec une petite touche de flûte, et de chant en espagnol. Mais ce n’est pas tout, je vous invite à découvrir son travail sur l’esprit indien (dont il a des origines) en regardant sur internet la vidéo du titre : H'okhá de Carlos Elliot & Gente Espiritu. Une belle personnalité ce monsieur. Pour la tournée française, Alain Michel, va-nous faire le plaisir de les rejoindre avec ses harmonicas pour quelques morceaux dont Love Me Baby et Sugarbabe. Carlos Elliot Jr est un artiste à suivre.

2018 11 03 Bay Car Carlos Elliot Jr Bobby GentiloCarlos Elliot Jr & Bobby Gentilo

J’aime le jeu de guitare de Pascal Fouquet (je le compare à Alex Shultz. Ça n’engage que moi !). Le voir en osmose avec Jennifer Milligan, sa compagne sur scène et dans la vie, est un plaisir. Ce soir, avec le duo, Abdell B. Bop à la basse, Denis Agenet à la batterie, Fabrice Saussaye aux claviers. Que demander de plus ? Un guest ? Aller faut oser ! Car il est bien là. Ce n’est rien d’autre que le guitariste et producteur venu des States : Dave Specter. Ancienne tête d’affiche de comédie musicale, Jennifer Milligan « Lil’Red » a le talent de vous transporter dans son monde avec une sympathie débordante. Elle ne manque pas d’énergie non plus au washboard ou au chant. La section rythmique assure grave et participe à faire le show. Les deux guitaristes se respectent, se complémentent et assurent tous deux de beaux solos. Conclusion : J’ai passé le set de Lil' Red & The Rooster à danser, à en n’oubliant presque de prendre des photos.

2018 11 03 Bay Car LilRed and the Rooster SpectifieldLil'Red and the Rooster Spectifield

2018 11 03 Bay Car Dave Specter Pascal Fouquet Jennifer MilliganDave Specter - Pascal Fouquet - Jennifer Milligan

Changement de cap avec trois têtes d’affiche dans une tournée au nom d’Acoustic Mississippi Summit Blues Tour. Trois pointures dans un seul show. Waouh ! Vasti Jackson prend en premier la scène au dobro pour quelques titres en solo. Il est rejoint ensuite par Terry “Harmonica” Bean à l'harmonica et Zac Harmon à la guitare pour deux titres. Terry « Harmonica » Bean, prend seul le show en main avec le chant, la guitare et l’harmo. Je pense qu’il était parti pour toute la nuit. Entre autres, il interprète Boogie All Night Long, et une très belle version de Boom Boom. Ces deux amis, après plusieurs essais, vont revenir sur scène pour un dernier morceau. La salle finira debout. On a vécu un grand moment. Mais trop court !

2018 11 03 Bay Car Vasti JacksonVasti Jackson

2018 11 03 Bay Car Terry Harmonica BeanTerry Harmonica Bean

2018 11 03 Bay Car Zac HarmonZac Harmon

Pour conclure, la tournée 2018 de la New Blues Génération avec Annika Chambers & Jamiah Rogers. Madame Chambers vient d’un milieu pieux, de ce fait du Gospel qu’elle a quitté au cours de l’année 2011. Après sa première chanson, je me suis demandé si mes sources étaient bonnes ! Arrogante dans ses gestes, voix tout en puissance qui vous transperce l’esprit ! Elle occupe très bien la scène. Derrière elle une belle section rythmique avec au clavier Michael Hensley, au drum Di'onte Skinner, à la basse Tony Rogers, le père de Jamiah Rogers. Le fils assure la guitare sans prendre la vedette. Mais vient son tour. Il a été élevé dans la musique sous la houlette de son père. D’abord à la batterie pour le rythme, puis à la guitare. Il obtient de nombreux prix, dont le gamin le plus talentueux des moins de 12 ans pour les Chicago music Awards. Ce jeune maitrise aussi le chant, sans parler de son jeu guitare. Ça parait très facile tellement on le sent détendu et serein de son riff et de ses solos. Ce jeune monsieur a quelque chose. J’espère qu’il va garder le feeling, sans partir dans la démonstration de la 6 cordes… À suivre !  

2018 11 03 Bay Car Jamiah RogersJamiah Rogers

2018 11 03 Bay Car Annika ChambersAnnika Chambers

Encore une excellente édition du Bay Car Blues Festival. On attend la prochaine édition (le 1er novembre tombant le premier weekend de novembre, le festival sera peut-être déplacé au suivant. À suivre.)

Même s’il est en tête de notoriété au nord de Paris, il n’est pas le seul festival de la région. Les passionnés de Blues des Hauts de France ont de la chance d’avoir un beau panel de festivals et concerts en leur région (Lille et ses alentours, Calais, Abbeville, Beauvais, Saint-Saulve, Montreuil, Méricourt, etc..). Sans oublier la proximité de la Belgique.

Alors, pourquoi est-ce que je pense que 4 groupes par soir c’est trop dans la configuration actuelle ? Le premier groupe à 1 heure, les autres ont 1h15 pour s’exprimer. Premier soir, l’ambiance zydeco a monté seulement quand Dwight "Black Cat" Carrier a entamé sa partie. Il a été coupé net par le respect de l’horaire de fermeture de la salle et le temps d’évacuation. Le public est resté prosterné. Deuxième soir, programmer trois monstres du Blues en un seul set avec 1h15 de jeu, ce n’est pas possible. Ils peuvent chacun assurer 3 à 4 heures. C’est l'habitude dans les clubs, au pays. Seul Terry “Harmonica” Bean a pu s’exprimer un peu, mais en empiétant sur le temps des autres. Le public s’est levé pour applaudir le trio, mais fortement déçu, en ayant encore faim de ses instants inoubliables ! Je vous laisse à chacun décider quel groupe à supprimer (plus facile, après le spectacle)? Cela va peut-être vous montrer que le travail de programmation n’est pas si simple, comme l’ordre de passage. Autre solution, commencer le festival l’après-midi, comme il se fait souvent chez nos voisins belges. Ce qui peut permettre aussi de se coucher plus tôt.

Vivement la 18e édition !

*bay se traduisant par rade, ou baie.